Dieu merci, c’est lundi !

Dieu merci, c’est lundi !

Certains titres de livres que je n’ai jamais lus me sont restés en mémoire. Ainsi d’un ouvrage feuilleté, à la Convention de Keswick : Thank God It’s Monday. Vraiment ?
Le lundi est sans doute le jour de la semaine le moins aimé. Après les joies du week-end, il faut reprendre le chemin de l’école ou du travail. L’Institut ne fait pas exception, le lundi y est bien chargé. Si la reprise des activités « ordinaires » est parfois difficile, n’oublions pas que les lundis nous sont aussi donnés par Dieu.

APPRENDRE À LOUER DIEU POUR LES LUNDIS

Comment les études à l’Institut aident-t-elles nos étudiants à remercier Dieu pour les lundis ? C’est le cours sur la création qui vient d’abord à l’esprit1. L’humanité a reçu la vocation de régner en vice-gérant sur la terre et de cultiver le jardin. Ce mandat culturel fonde la dignité de tout travail (honnête). L’histoire de l’Église et des missions met en valeur les contributions culturelles de la foi chrétienne pour l’éducation, la santé, l’ethnologie, l’abolition de l’esclavage au 19e siècle… Et la Réforme a mis l’accent sur le sacerdoce universel de tous les chrétiens et la compréhension de tout métier (Beruf selon le terme forgé par Luther) comme vocation (Berufung). Bien entendu, les cours bibliques ne sont pas non plus en reste : pensons au livre de Ruth avec son attention au travail humble des moissonneuses, aux mises en garde des Proverbes contre la paresse et aux exhortations des épîtres concernant la vie dans la famille et au travail (2 Th 3.6-13 ; Ep 5.21 – 6.9 ; etc.). Il suffit de lire la Bible pour se rendre compte que notre Dieu est le Dieu du quotidien.

TOUS SERVITEURS À PLEIN-TEMPS

Reconnaissons-le : la tentation est réelle de réactiver l’opposition erronée entre service de Dieu d’un côté et travail « séculier » de l’autre en espérant encourager ainsi des personnes à se former pour le service en Église . Oui, être appelé au ministère de la Parole est un privilège. Oui, il manque des ouvriers sur les champs de mission, et bientôt dans les Églises évangéliques en France, si ces dernières ne se résolvent pas à investir davantage dans la formation de la prochaine génération de pasteurs .

Mais la promotion des ministères dans l’Église rassemblée ne doit pas se faire au détriment de notre réponse au mandat culturel. Les chrétiens dispersés au cours de la semaine à l’école, au travail et à la maison ne cessent pas pour autant d’être Église. Un pasteur qui ne l’aurait pas compris ne saurait équiper vraiment ses « ouailles » pour leur service dans le monde.

L’HÉRITAGE DE JOHN STOTT

Le théologien anglican John Stott, dont nous venons de commémorer le centenaire de la naissance (27 avril 2021) peut nous inspirer à cet égard. Au 20e siècle, c’est probablement lui qui a fait le plus pour la formation théologique évangélique, en particulier dans les pays du Sud, au moyen de Langham Partnership, une fondation alimentée par les droits d’auteur de ses nombreux livres. Cette dernière, un des acteurs clé du secteur, finance un vaste programme de bourses d’études et de publications théologiques. Pour autant, Stott savait aussi reconnaître et encourager des ministères dans d’autres domaines professionnels, de la médecine aux arts. Le professeur John Wyatt, auteur du livre précieux : Questions de vie et de mort (Excelsis, 2009), rend un témoignage vibrant à l’impact de Stott sur ses choix quand il fréquentait sa paroisse. Alors qu’il s’interrogeait sur le ministère pastoral, Stott l’a plutôt encouragé à poursuivre en médecine – et a même investi de son temps personnel pour lui apprendre à vivre chrétiennement sa vocation professionnelle .

LE CULTE DU VENDREDI APRÈS-MIDI

Pour revenir à l’Institut de Nogent, les étudiants y apprennent que Dieu est le Dieu de toute la vie, mais pas seulement dans les cours. Les fameux « TP »5 du vendredi après-midi aussi le leur enseignent. Oui, le croyant est appelé à exécuter toute tâche comme un service rendu à Dieu. Que le Seigneur nous accorde à tous, étudiants, membres de l’équipe et amis de l’IBN, de faire tout ce que nous faisons « pour la gloire de Dieu » (1 Co 10.31 ; cf. Ep 6.7).

LYDIA JAEGER

Extrait de l’IBphile n°191 (juin 2021)

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Pour une évangélisation connectée

Pour une évangélisation connectée

Chaque année, l’Institut envoie ses étudiants en stage d’évangélisation pour une semaine. Cette formation très pratique se fait en étroite collaboration avec diverses Églises de France. Pour 2020-21, en raison de la situation sanitaire, ce stage a pris une tout autre allure… En effet, Patrice Kaulanjan, son responsable, a initié avec l’aide de certains responsables d’œuvres ou d’Église spécialisés dans le domaine, une formule « connectée » qui laissait place à la théorie et à la pratique. Retour sur cette expérience innovante via cinq questions posées aux étudiants…

1/ COMMENT AS-TU VÉCU CETTE SEMAINE ?

Une bonne semaine d’évangélisation ! Le format Zoom approprié… Les intervenants étaient très intéressants, chacun apportant un regard complémentaire sur la façon d’utiliser le digital dans l’évangélisation.

J’aurais préféré vivre cette formation en présentiel, qu’elle puisse se dérouler normalement en permettant aux étudiants d’aller dans différentes Églises pour vivre l’expérience à 100 %. Mais avec la crise sanitaire, cela a tout compliqué, donc pour une première fois c’était une bonne chose.

Très bien ! Après un an sur Zoom, il y a deux choses à dire : l’une, c’est que l’on s’habitue à ce rythme, qu’on prend ses petites habitudes ; l’autre, c’est que l’on attend impatiemment le jour où l’on peut se retrouver sur place avec le prof et les étudiants ! Très contente donc d’avoir enfin un cours où nous étions tous réunis ! Mais (à ma grande déception, et celle des intervenants certainement), nous n’étions en général qu’une petite dizaine avec la caméra allumée… C’est triste ! Je voulais voir tout le monde, et cela n’a vraiment pas été le cas. Si c’était à refaire : avec plus de visages, s’il-vous-plaît

2/ QU’EST-CE QUE CELA T’A APPORTÉ ?

Un autre regard sur l’évangélisation digitale. Les outils qui nous ont été donnés, comme l’utilisation du site « Canva », m’ont permis de pouvoir diversifier ma façon de partager l’Évangile. Créer des vidéos, améliorer mes publications Instagram, de manière plus pertinente et percutante m’a bien plu.

De me rebooster par rapport à l’évangélisation digitale. En effet, c’est quelque chose que je faisais déjà via Instagram, en partageant sous différents formats, l’Évangile. Les 2 premiers jours, nous avons entendu des témoignages vraiment très édifiants et encourageants, cela m’a vraiment motivée à continuer d’évangéliser sur les réseaux sociaux.

J’aimerais dire « un autre regard sur l’évangélisation », mais en 3 ans à l’IBN, on a déjà entendu beaucoup de choses sur l’évangélisation d’aujourd’hui. Il y a des informations qui se répètent, mais l’avantage de cinq jours de formations sur ce sujet, c’est que l’on approfondit divers points. Ce qui était particulièrement pertinent, c’est l’apport sociologique et historique : nous devons connaître un minimum l’Histoire de notre pays, sa propre Histoire des religions et celle de l’Église. « Les évangéliques sont souvent très forts avec le message à transmettre, mais ont du mal avec le contexte ! » (Jean-Claude Girondin). Eh oui, notre passé compte… pour regarder en avant ! Concernant notre présent (et le présent en devenir), nous avons approfondi le thème de la jeunesse et d’Internet. Nous ne pouvons plus nous en passer aujourd’hui, même si tout le monde ne doit pas être « pro » des réseaux sociaux. Mais, nous ne pouvons plus nous permettre d’être trop en retard non plus : la société actuelle est ce qu’elle est, et dans le passé, chaque responsable d’Église et chaque chrétien tout simplement a dû s’adapter à son époque.

3/ TON REGARD SUR L’ÉVANGÉLISATION « DIGITALE »…

Je pense qu’aujourd’hui la communication passe en grande partie par le digital. J’ai beaucoup d’amis non-croyants sur mes comptes Instagram ou Facebook. Pouvoir réaliser des publications en lien avec l’Évangile est pertinent. Je dirais même que l’évangélisation digitale est devenue indispensable. Tous les moyens de communication sont bons pour répandre la Bonne Nouvelle et interroger nos contemporains sur leurs destinées.

Née dans les années 80, je n’ai pas grandi avec l’ordinateur… c’est venu tout doucement (ou tout rapidement !) alors que je

grandissais. J’avoue donc ne pas être totalement « branchée » parce que la vie ne se résume pas à une vie devant les écrans. Mais, je comprends l’importance et la pertinence de ces réseaux aujourd’hui. Ils atteignent énormément de personnes, en peu de temps, et dans le monde entier. Néanmoins, l’évangélisation par format digital ne doit pas se limiter aux écrans. Je pense que ça peut vite devenir une excuse pour ne pas évangéliser en réel, de personne à personne, dans un lieu donné. L’humain a besoin de contact (la crise de Covid nous l’a révélé). Il faut voir l’évangélisation dans sa globalité : les possibilités d’aujourd’hui, et l’humain qui a besoin de voir des réactions, des émotions, de l’enthousiasme, de la joie.

Je pense que c’est vraiment nécessaire surtout dans la génération hyper connectée dans laquelle nous sommes. L’Église aujourd’hui doit être dans l’air du temps et mettre en place des outils pour parler de Jésus sous un format digital. C’est vraiment une grande opportunité pour partager l’Évangile !

Extrait de l’IBphile n°191

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En souvenir de Jeanne dite Yannik Blocher

En souvenir de Jeanne dite Yannik Blocher

Extraits de l’évocation du parcours de Yannik Blocher

par Jacques Blocher

Le désarroi devant la mort nous conduit souvent à appeler à la rescousse des images spectaculaires. Avec la mort de Yannik, c’est d’abord un chant qui s’évanouit. C’est une voix qui nous accompagnait depuis toujours qu’engloutit le silence de la mort.

 

Le chant fut en effet le grand plaisir de sa vie et son domaine d’excellence incontesté, l’objet de grandes espérances, car elle avait vraiment de très grands dons… C’est sa professeur de piano établie au Perreux, elle-même cantatrice, qui lui donna ses premières leçons de chant et de diction. Après quelques années il lui fallut des professeurs plus experts encore. Au début des années 1960, Yannik étudie désormais avec John Riley, un baryton noir américain dont la critique musicale fit l’éloge, établi à Paris à la fin des années 1940.

 

C’est par le travail vocal que Yannik acquit la maîtrise de disciplines exotiques qui constituèrent le socle de sa future vocation d’enseignante : la pose de la voix (« dans le masque ! ») et la diction. La phonétique et le français furent pour elles des spécialités plus tardives… C’est grâce au chant, par l’enseignement de la diction, que Yannik fit ses premières armes d’enseignante vacataire à l’Institut, dès les années 1960.

 

Face à l’adversité, Yannik tenait ferme, l’obstination étant chez elle cousine de l’entêtement… À sa façon, « rock of ages » – roc séculaire – plutôt que « rock’n roll », elle fut un roc. Un rocher de tradition d’abord, faisant une règle de vie de l’aphorisme prêté à Ruben Saillens, selon lequel « les choses bonnes sont rarement nouvelles et les choses nouvelles rarement bonnes ».

 

Roc de tradition, roc de convictions aussi. Souriante toujours, tous l’ont connue intraitable sur la bonne doctrine comme sur le témoignage à rendre envers ceux qu’elle considérait comme non-croyants. Et pourtant Yannik n’eut jamais la foi « facile »… Elle ne fut jamais débarrassée du doute intellectuel, ni de l’anxiété qui constituait le fond de son tempérament et qui se concentra tour à tour, au fil des décennies, sur le niveau de ses ressources, sur la solitude qui lui pesait, ou sur son état de santé. Mais contre ses peurs et ses doutes, elle avait choisi d’affirmer sa foi, à temps et à contretemps, forçant sa timidité et parfois les usages, se reposant sur les théologiens présents et passés de la famille pour régler les détails…

 

À la plupart de ceux qu’elle croisait elle promettait sa prière, ce qui était pour elle une forme de don de soi. Car Yannik, qui avait elle-même bel et bien donné son cœur au Seigneur Jésus, aimait donner. Elle était un roc, certes, mais non pas de béton. Un rocher au cœur tendre comme ceux qu’on fait en chocolat, si j’ose dire… Elle fut aussi – pour beaucoup elle fut surtout – un cœur. Un cœur ardent et généreux qui clamait tout haut des sentiments que la pudeur ordinaire commande plutôt de taire. Et jamais une médisance. Elle était un cœur qui avait besoin de donner.

 

Ce samedi 6 mars, voulant sans doute se lever au petit matin selon son habitude, elle s’est effondrée à côté de son lit. Sans un cri. Tout porte à croire que son décès a été instantané… Elle était enfin délivrée de toute peur, et des amoindrissements cruels que la vieillesse lui avait infligés. Nous voulons croire qu’elle a retrouvé à présent la pleine possession d’elle-même, là où elle est, et toute sa joie de vivre. Et que résonnent à présent, sous les voûtes célestes, le rire sonore et les exclamations théâtrales que depuis longtemps on ne lui a plus entendus. C’est ce qui nous console de la demi-mort qu’elle a longtemps endurée, et maintenant du vide, de l’absence, et du silence…

Yannik aux multiples facettes

par Marie-José Maré

C’est avec des yeux d’enfants que j’ai vu Yannik pour la première fois. Nous arrivions alors, en famille, à l’Église du Tabernacle qui allait devenir notre Église. Mes souvenirs d’enfants à propos de Yannik sont d’abord musicaux : solos dans la chorale, accompagnement des cantiques au piano et surtout sa prestation artistique lors des fêtes de Noël de l’Église, le dimanche après-midi. La lumière de la salle baissait tandis que sa voix lyrique, elle, s’élevait… presque jusqu’au ciel. Je me croyais à un grand concert… et trouvais à Yannik un petit air de la célèbre soprano Mady Mesplé.Le temps a passé et les circonstances de la vie nous ont rapprochées de diverses manières.

 

[…] 

 

En faisant une course dans les rues de Nogent cette semaine, j’ai réalisé que mes yeux d’adultes ne croiseraient plus la silhouette de Yannik, marchant de son pas si caractéristique, les mains derrière le dos, la tête légèrement baissée et l’esprit sans doute un peu déjà au ciel…

Une pandémie révélatrice

Le 16 février 2021

Une pandémie révélatrice

La pandémie qui rythme notre quotidien depuis plusieurs mois semble agir comme un révélateur, voire un accélérateur, de fragilités individuelles et sociales, d’errements médiatiques et politiques, d’impasses intellectuelles, et aussi d’indigences ecclésiales. Extrait du rapport du directeur à l’assemblée générale de l’IBN.

 

Si l’Institut Biblique veut former de façon pertinente les responsables évangéliques, il ne peut ignorer avec quelle pâte il travaille s’il veut mieux cerner l’objectif à poursuivre dans son ministère. Ce que la situation sanitaire, avec toutes ses contraintes, met en lumière dans nos Églises et plus largement dans notre mouvement évangélique l’intéresse donc au premier chef.

 

DES ÉGLISES… VIRTUELLES !

 

Ce qu’Internet n’a pas réussi à faire au cours des années, la pandémie l’a accompli : transformer nos Églises en assemblées virtuelles ! Je grossis le trait à dessein pour vous faire toucher du doigt une réalité préoccupante : les cultes à distance, en totalité ou en partie, consacrent ce qu’il y a de plus regrettable dans notre mouvement évangélique, la consommation religieuse. Je veux parler ici d’une tendance à transformer le culte en spectacle pour attirer et fidéliser un auditoire. Pour y parvenir, il faut certes travailler, mais aussi avoir du charisme, des moyens humains et financiers et un auditoire nombreux et enthousiaste. Le passage à l’écran pour raisons sanitaires a renforcé une tentation déjà présente dans ces cultes-spectacle : soigner surtout les apparences. C’est ainsi qu’une partie non-négligeable des auditoires de nos modestes communautés profitent de la multiplicité de l’offre sur Zoom ou sur YouTube pour aller voir si l’herbe n’est pas plus verte chez le voisin. D’un clic, chacun peut suivre de son canapé au choix Hillsong-Paris, MLK à Créteil, l’Église baptiste de Pontault-Combault… Et chacun de ressortir fasciné par la performance du groupe de louange, des animateurs ou du prédicateur. Comment ne pas se sentir alors frustré d’appartenir à une Église qui, certes, met beaucoup de bonne volonté dans la préparation de ses célébrations mais ne parvient guère à soutenir la comparaison ? Et ce qui retenait chacun de trop papillonner jusqu’ici, la dimension personnelle des relations humaines, la chaleur de la communion fraternelle, le souci mutuel souvent présents dans nos modestes communautés, étant mis à mal par les contraintes sanitaires, nous sommes tentés d’aller chercher ailleurs de quoi nous faire vibrer. Et de trahir ainsi notre vocation de membre du corps de Christ en nous transformant en simples spectateurs. La pandémie ne serait-elle pas en train de redistribuer les cartes au profit de quelques Églises phares et d’appauvrir le réseau des « petites » Églises si nécessaires à l’apprentissage de l’amour fraternel et au témoignage de proximité ? Je le crains.

 

LE CŒUR PLUS QUE LA TECHNIQUE

 

Ce constat nous conduit, à l’Institut, à relativiser la centralité de la technique au profit du cœur au sens biblique du terme dans la formation au ministère. Il importe assez peu que nos étudiants sachent utiliser une application de visioconférence ou diffuser un culte sur YouTube. Après tout, ils trouveront dans l’Église ou dans l’œuvre dont ils auront la charge des passionnés qui le feront beaucoup mieux qu’eux. Par contre, il est essentiel qu’ils apprennent à discerner ce qui est important et à ne pas le perdre de vue quand l’adversité survient. Comment rompre l’isolement des confinés ? Comment faire vivre la communion fraternelle quand l’Église est durablement dispersée ? Comment cultiver l’espérance quand l’horizon se limite à la prochaine vague de l’épidémie ou à l’arrivée d’un vaccin ? Seul un cœur nourri de la pensée du Seigneur, exercé à discerner les temps et les moments et rempli de l’amour de Dieu par le Saint-Esprit trouvera les voies et moyens de faire vivre l’Église dans de telles circonstances.

Etienne Lhermenault

IBphile de janvier 2021

Être avec Christ

Le 16 Septembre 2020

Être avec Christ

En octobre 2017, nous fêterons le 500e anniversaire de la Réforme protestante. Pour être tout à fait exact, par convention, les Églises protestantes fixent sa naissance au 31 octobre 1517, date à laquelle Luther a placardé 95 thèses sur les portes de l’église du château de Wittenberg pour dénoncer les abus de son Église. Faut-il célébrer cet événement comme le font la Fédération Protestante de France avec son année « Protestants 2017 – 500 ans de Réformes – Vivre la fraternité » ou le Conseil national des évangéliques de France avec son « Merci pour la Bible – 1517-2017 : 500 ans de renouveau spirituel » ? Les plus sensibles aux relations œcuméniques préfèrent parler en mode mineur de commémorations plutôt que de célébrations, car, rappellent-ils, l’événement a sonné la division de l’Église en Occident. Les plus férus d’histoire se demandent s’il est judicieux de tresser tant de lauriers à un Luther qui a aussi été vivement antisémite et très violent dans ses propos « Contre les bandes pillardes et meurtrières des paysans 1 ». Quant à ceux qui méconnaissent l’histoire de l’Église et se méfient des relations œcuméniques, ils préfèrent s’intéresser au seul présent plein de promesses inaccomplies et de victoires idéalisées.

 

N’en déplaise aux uns et aux autres, nous croyons qu’il est juste à l’Institut Biblique de Nogent de célébrer le début du mouvement des Réformes protestantes et de saluer en Luther, même imparfait et controversé, le théologien génial qui a remis en lumière le principe de la justification par la foi seule et le croyant courageux qui s’est pleinement soumis au témoignage de l’Écriture au prix de l’excommunication de l’Église qu’il avait toujours servie. Mais nous ne le faisons pour participer simplement à la fièvre commémorative qui agite notre temps ou par nostalgie d’un passé désormais révolu. Nous le faisons parce que nous trouvons dans l’exemple de ceux qui nous ont précédés une inspiration, un encouragement pour le présent.

 

L’Église, parce qu’elle est composée d’hommes et de femmes pécheurs, ne reste fidèle au Seigneur que si elle accepte de se réformer sans cesse, de corriger les écarts qui s’installent inexorablement entre ses traditions, ses inclinations, ses actions, sa prédication et l’Écriture Sainte. La réforme tient du renouveau quand l’Épouse s’est endormie et qu’une visitation de l’Esprit réveille son amour pour le Seigneur, ravive son zèle pour la mission et rafraîchit son adoration. Mais la réforme tient de la rupture quand l’Épouse s’est faite infidèle et a cédé aux péchés de l’idolâtrie, de l’hérésie ou de la corruption. La visitation de l’Esprit, tout aussi nécessaire, ne suscite plus seulement la joie du croyant assoupi, mais aussi les larmes du pécheur repenti. Et parce qu’elle est plus de l’ordre de la chirurgie qui nettoie que du soin qui cicatrise, elle provoque douleurs et conflits au sein du Corps de Christ. Ainsi il ne faut pas s’étonner que les dénonciations de Luther aient provoqué la division plutôt que la réformation d’une Église profondément corrompue. Au même titre que le coup de bistouri, la réforme est un mal nécessaire et même vital pour éviter la gangrène du corps tout entier.

 

Il nous faut même aller plus loin en affirmant que toute visitation de l’Esprit, tout renouveau de l’Église, tout retour à Dieu ne peut que susciter des réactions vives… et pas toutes enthousiastes ! J’apprends à mes dépens, à la tête du Conseil national des évangéliques de France, que même l’unité divise ! À gauche, à droite et même au centre, il ne manque pas d’esprits chagrins pour contester, jalouser, craindre ou minimiser l’œuvre de réconciliation qui a accompagné la naissance du CNEF et le travail d’unité qui préside à sa croissance. Il n’y a pourtant là rien de fondamentalement étonnant. Si, comme l’a clairement annoncé Jésus, le suivre provoque la division dans les familles (Mt 10.34-39), s’attacher plus fortement ou revenir à lui ne peut que susciter de vives tensions et oppositions au sein des Églises.

 

Ce n’est toutefois pas une raison suffisante pour renoncer à la nécessité de se réformer, toujours. Certes, notre époque, par préférence pour le cocooning maternant, répugne à entrer en conflit (bien qu’elle ne cesse de le nourrir en refusant les saines et utiles confrontations) et stigmatise volontiers celui ou celle qui porte une quelconque responsabilité en la matière. Il faut pourtant admettre, avec Henri Blocher, que l’Église d’aujourd’hui aurait bien besoin d’une nouvelle Réforme 2, d’un retour à l’Écriture trop souvent délaissée ou contournée dans bien des communautés. Qu’il plaise à Dieu d’inspirer à son peuple à une réforme profonde alors qu’il célèbre les 500 ans de la Réforme protestante !

 

 

 

  1. Titre du deuxième appendice à son « Exhortation à la paix en réponse aux douze Articles des paysans de Souabe » (1525) dans lequel il appelle les seigneurs à massacrer les révoltés.
  2. « 500 ans après, Henri Blocher en appelle à une nouvelle Réforme de l’Eglise », http://evangeliquesdubas-rhin.fr/communique/500-ans-apres-henri-blocher-en-appelle-a-une-nouvelle-reforme-de-leglise/, consulté le 10 avril 2017.

Etienne Lhermenault

Cahiers de l’Institut Biblique, n° 175, avril 2017

À vos marques…

Le 16 Septembre 2020

À vos marques…

 

Alors que nous nous apprêtons à lancer la construction du nouveau bâtiment, le bâtiment D comme développement, voici un petit retour en arrière pour mieux préparer l’avenir !

 

 

C’est en février 2014, lors d’une séance du conseil d’administration, qu’est lancée l’idée d’un « bâtiment des familles » par le directeur de l’époque, Jacques E. Blocher. Il s’agit alors dans un premier temps de doubler la capacité d’accueil des familles (passer de 6 studios et appartements à 12). En effet, notre offre insuffisante oblige plusieurs couples ou familles soit à loger à l’extérieur (3 à 4 selon les années), soit à différer leur venue.

Sous la coordination de Claude Grandjean et en collaboration avec Pierre Maré, une commission se met au travail. Trois architectes sont consultés et remettent des projets avec des estimations chiffrées.

 

Le projet est évoqué en juin 2015 dans Les Cahiers de l’Institut Biblique, puis discuté en novembre de la même année lors de l’assemblée générale de l’IBN. L’accueil est unanime et enthousiaste.

 

Le projet retenu (CA de mars 2017) est celui d’un bâtiment de 5 niveaux sur sous-sol d’une surface utile de 860 m2. Il comprendra 18 chambres, 6 appartements (2 et 3 pièces), 1 réfectoire de 100 m2… L’IBN pourra ainsi loger 22 à 28 étudiants supplémentaires et augmenter sa capacité d’accueil de 40 %. Le coût est estimé alors à 2 050 000 € financé pour moitié par des dons et pour moitié par un emprunt bancaire 1.

 

La collecte de fonds est lancée en deux temps, modestement d’abord pour recueillir 40 000 € au printemps 2017, plus franchement ensuite pour collecter 1 050 000 € à l’automne de la même année. L’IBN recrute pour ce faire Rachel Vaughan pour seconder le directeur dans ce travail.

 

Deux événements ont été décisifs dans ce processus de levée de fonds : la donation généreuse d’un appartement situé au Perreux par un couple en 2018 et vendu au profit du projet (+ de 300 000 €), la mobilisation des Églises évangéliques chinoises d’Ile-de-France avec l’aide du pasteur Pascal Yau en septembre 2019 (+ de 100 000 € apportés en décembre).

 

Au moment où nous vous écrivons, les dons et promesse de dons s’élèvent à 1 100 000 € pour une cible fixée à 1 210 000 € ! Nous sommes reconnaissants au Seigneur et à tous les donateurs. Nous avons toutefois toujours besoin de votre soutien spirituel et financier pour mener ce projet à terme.

 

 

 

  1. Les études de sol et un problème technique lié à la distribution du gaz feront monter cette somme à 2 210 000 €.

Etienne Lhermenault

Cahiers de l’Institut Biblique, n° 175, avril 2017

Ils écrivent

Le

Ils écrivent

Si Dieu conduit ma vie, qu’en est-il de mes initiatives ?

Micaël Razzano, Question suivante, Farel/GBU

67 pages – 5,00 €

Dans ce petit opuscule, Micaël Razzano, secrétaire général des GBU et chargé de cours à l’Institut, nous livre une réflexion dogmatique sur la liberté humaine et illustre son propos par une étude biblique du livre de Ruth. Ce faisant, il répond à une question que tout croyant se pose : « Si Dieu est souverain, quelle place donner à ma liberté humaine, à mes initiatives ? »

Nous retrouvons ici les qualités de celui qui a été professeur pendant plusieurs années dans notre école.

Un sens affirmé de la pédagogie d’abord. C’est ainsi que Micaël Razzano aborde de façon accessible une problématique complexe… en ayant recours à la métaphore du poisson dans l’eau1. Ou qu’il nous guide dans l’étude du livre de Ruth par des questions et des observations pertinentes et qu’il est aisé de comprendre. De plus, les chapitres se terminent tous par une invitation qui fait le lien entre le récit antique et le lecteur contemporain.

 

Une approche théologique solide ensuite. L’auteur pose par exemple avec précision les termes du débat : « pour les auteurs bibliques, la liberté n’est pas un bien à revendiquer pour faire ce que bon nous semble de manière autonome. Elle est un don, une grâce qui nous permet d’entrer de plain-pied dans le projet que Dieu a pour nous2. » Ou encore en référence à Philippiens 2.13

c’est bien parce que Dieu opère en nous le vouloir et le faire que nous sommes libres de répondre. Ce n’est donc pas en dépit du fait que Dieu produit en nous la volonté et la capacité d’agir que nous sommes libres, comme nous aurions pu le penser3.

 

Un bel effort exégétique enfin. Le texte biblique est étudié avec soin, le contexte historique et littéraire, respecté, la psychologie des personnages, prise en compte avec finesse, les difficultés d’interprétation, abordées sérieusement. Pour le dire autrement, nous avons en quelques pages un excellent commentaire du récit qui sert l’objectif annoncé, éclairer le rapport entre la souveraineté de Dieu et mes initiatives : « ce récit nous rappelle que Dieu ne court-circuite pas notre intelligence. Au contraire, il l’intègre dans l’accomplissement de ses plans pour notre vie et dans le processus décisionnel de notre existence4 »

Vous l’avez compris, ce petit livre mérite non seulement d’être lu mais aussi utilisé en groupe pour animer une étude biblique et doctrinale.

Etienne Lhermenault

Extrait IBphile 186, janvier 2020


1 p. 6.

2 p. 7s.

3 p. 8.

4 p. 67.

Se réformer, toujours !

Le 16 Septembre 2020

Se réformer, toujours !

En octobre 2017, nous fêterons le 500e anniversaire de la Réforme protestante. Pour être tout à fait exact, par convention, les Églises protestantes fixent sa naissance au 31 octobre 1517, date à laquelle Luther a placardé 95 thèses sur les portes de l’église du château de Wittenberg pour dénoncer les abus de son Église. Faut-il célébrer cet événement comme le font la Fédération Protestante de France avec son année « Protestants 2017 – 500 ans de Réformes – Vivre la fraternité » ou le Conseil national des évangéliques de France avec son « Merci pour la Bible – 1517-2017 : 500 ans de renouveau spirituel » ? Les plus sensibles aux relations œcuméniques préfèrent parler en mode mineur de commémorations plutôt que de célébrations, car, rappellent-ils, l’événement a sonné la division de l’Église en Occident. Les plus férus d’histoire se demandent s’il est judicieux de tresser tant de lauriers à un Luther qui a aussi été vivement antisémite et très violent dans ses propos « Contre les bandes pillardes et meurtrières des paysans 1 ». Quant à ceux qui méconnaissent l’histoire de l’Église et se méfient des relations œcuméniques, ils préfèrent s’intéresser au seul présent plein de promesses inaccomplies et de victoires idéalisées.

 

N’en déplaise aux uns et aux autres, nous croyons qu’il est juste à l’Institut Biblique de Nogent de célébrer le début du mouvement des Réformes protestantes et de saluer en Luther, même imparfait et controversé, le théologien génial qui a remis en lumière le principe de la justification par la foi seule et le croyant courageux qui s’est pleinement soumis au témoignage de l’Écriture au prix de l’excommunication de l’Église qu’il avait toujours servie. Mais nous ne le faisons pour participer simplement à la fièvre commémorative qui agite notre temps ou par nostalgie d’un passé désormais révolu. Nous le faisons parce que nous trouvons dans l’exemple de ceux qui nous ont précédés une inspiration, un encouragement pour le présent.

 

L’Église, parce qu’elle est composée d’hommes et de femmes pécheurs, ne reste fidèle au Seigneur que si elle accepte de se réformer sans cesse, de corriger les écarts qui s’installent inexorablement entre ses traditions, ses inclinations, ses actions, sa prédication et l’Écriture Sainte. La réforme tient du renouveau quand l’Épouse s’est endormie et qu’une visitation de l’Esprit réveille son amour pour le Seigneur, ravive son zèle pour la mission et rafraîchit son adoration. Mais la réforme tient de la rupture quand l’Épouse s’est faite infidèle et a cédé aux péchés de l’idolâtrie, de l’hérésie ou de la corruption. La visitation de l’Esprit, tout aussi nécessaire, ne suscite plus seulement la joie du croyant assoupi, mais aussi les larmes du pécheur repenti. Et parce qu’elle est plus de l’ordre de la chirurgie qui nettoie que du soin qui cicatrise, elle provoque douleurs et conflits au sein du Corps de Christ. Ainsi il ne faut pas s’étonner que les dénonciations de Luther aient provoqué la division plutôt que la réformation d’une Église profondément corrompue. Au même titre que le coup de bistouri, la réforme est un mal nécessaire et même vital pour éviter la gangrène du corps tout entier.

 

Il nous faut même aller plus loin en affirmant que toute visitation de l’Esprit, tout renouveau de l’Église, tout retour à Dieu ne peut que susciter des réactions vives… et pas toutes enthousiastes ! J’apprends à mes dépens, à la tête du Conseil national des évangéliques de France, que même l’unité divise ! À gauche, à droite et même au centre, il ne manque pas d’esprits chagrins pour contester, jalouser, craindre ou minimiser l’œuvre de réconciliation qui a accompagné la naissance du CNEF et le travail d’unité qui préside à sa croissance. Il n’y a pourtant là rien de fondamentalement étonnant. Si, comme l’a clairement annoncé Jésus, le suivre provoque la division dans les familles (Mt 10.34-39), s’attacher plus fortement ou revenir à lui ne peut que susciter de vives tensions et oppositions au sein des Églises.

 

Ce n’est toutefois pas une raison suffisante pour renoncer à la nécessité de se réformer, toujours. Certes, notre époque, par préférence pour le cocooning maternant, répugne à entrer en conflit (bien qu’elle ne cesse de le nourrir en refusant les saines et utiles confrontations) et stigmatise volontiers celui ou celle qui porte une quelconque responsabilité en la matière. Il faut pourtant admettre, avec Henri Blocher, que l’Église d’aujourd’hui aurait bien besoin d’une nouvelle Réforme 2, d’un retour à l’Écriture trop souvent délaissée ou contournée dans bien des communautés. Qu’il plaise à Dieu d’inspirer à son peuple à une réforme profonde alors qu’il célèbre les 500 ans de la Réforme protestante !

 

 

 

  1. Titre du deuxième appendice à son « Exhortation à la paix en réponse aux douze Articles des paysans de Souabe » (1525) dans lequel il appelle les seigneurs à massacrer les révoltés.
  2. « 500 ans après, Henri Blocher en appelle à une nouvelle Réforme de l’Eglise », http://evangeliquesdubas-rhin.fr/communique/500-ans-apres-henri-blocher-en-appelle-a-une-nouvelle-reforme-de-leglise/, consulté le 10 avril 2017.

Etienne Lhermenault

Cahiers de l’Institut Biblique, n° 175, avril 2017

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