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Comment devenir sage ?

Comment devenir sage ?

sage

Les offres contemporaines de mieux-être sont légion. Si les « intellos » sont enclins à choisir la voie de la philosophie, et si les spirituels sont plus attirés par la voie de la méditation, le commun des mortels gagne à suivre la voie illustrée par la myrmécologie pour manifester une forme de sagesse concrète. Comme l’atteste un sage hébreu (Pro 6.7-11), cette voie est gratuite, et est accessible à tous : « intellos », « spis », et « ni-intellos-ni-spis ».

De quoi s’agit-il ?

La méthode est apparentée aux anciennes « leçons de choses » que les aînés ont encore connues à l’école.  Cette pédagogie a été « popularisée [en France] dès 1867 par Mme Pape-Carpantier (1815-1878). »[1] Il s’agit d’une méthode inductive et réaliste, qui part des « choses » particulières pour en dégager les « mots » (concepts ou théories) généraux. Cette approche a inspiré le Réformateur Allemand Martin Luther pour les études bibliques. Avant lui, Dieu l’avait déjà utilisé. C’est par exemple l’histoire du ricin, qui pousse aussi vite qu’il ne disparaît, afin de toucher les sentiments du prophète Jonas, pour convaincre son intelligence de s’aligner sur les pensées de Dieu (Jon 4.6-11).

L’exemple de la voie myrmécologique.

Cette voie est énoncée par l’auteur du livre des Proverbes en ces termes : « Va vers la fourmi, paresseux ; considère ses voies, et deviens sage » (Prov 6.6.). Cette méthode engage celui qui veut devenir sage à une triple action :
VA , VOIS et DEVIENS !

  1. VA ! non pas te recoucher, ni faire le vide la tête sur un tapis à clous, mais « bouge-toi » et va vers la fourmi, ce petit insecte qui ne paie pas de mine, pour te motiver à entreprendre[2] ce qui t’incombe.
  2. VOIS ! non pas derrière ton smart-phone pour prendre une photo, mais avec tes yeux et tes « smart-neurons » pour voir la réalité en face, comprendre et tirer instruction de cette leçon de choses. Une fourmi adulte n’a ni besoin d’un surveillant qui évalue ses performances au travail, ni supérieurs hiérarchiques que lui disent ce qu’elle a à faire, ni d’un manuel pour reproduire ses gestes professionnels ou de vie quotidienne, ni besoin d’un coach ou d’un DRH qui la boost. Comme les deux premiers serviteurs de la parabole des talents (Mt 25.14-30), chacun ont intégré les principes individuels et collectifs, pour atteindre l’objectif social à viser : le développement de la colonie de fourmis et des biens de la maisonnée. Mais de voir et de désirer, cela ne suffit pas (Prov 21.25-26).
  3. DEVIENS ! non pas une célébrité qui d’un clik, met ses photos en ligne, en désespérant du manque de pousses-bleus, mais un serviteur prompt à l’action (Pro 26.13-16), pour entretenir et achever ce qui a été commencé, lorsque l’été est là, c’est-à-dire la saison destinée à anticiper l’hiver.

Si une personne a bien incarné cette triple action : Va !, Vois ! et Deviens ! c’est le Christ qui : est venu sur terre, a vu et a eu compassion des pécheurs, et est allé jusqu’au bout de la mission qui lui était assignée : devenir le rédempteur du monde.
À notre échelle et à la mesure d’appel qui est le nôtre, pourquoi ne pas s’entraîner à tirer instruction des « leçons de choses » (avec déjà cette autre histoire : Pro 24.30-34) et nous auto-motiver au prompt engagement de service ?

_________ Anne Ruolt

Pour aller plus loin :

Buisson, Ferdinand, article « Leçons de choses » [en ligne], dans Nouveau dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire, Paris, Hachette, 1910, URL : http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=3034, consulté le 25 février 2024.

Darrigrand, Yves, « La Paresse », Cahiers de l’Institut Biblique, n° 69, 1987, pp. 3‑12. (le lien aux Cahiers pourrait être ajouté)

Kinder, Dereck, « Le paresseux », dans Le livre des Proverbes, Fontenay-sous-Bois / Cergy-Pontoise, Farel-Sator, 1986, pp. 32‑34.

[1] Ferdinand Buisson, article « Leçons de choses » [en ligne], dans Nouveau dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire, Paris, Hachette, 1910, URL : http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=3034, consulté le 25 février 2024.

[2] Les caractéristiques du paresseux : « Il ne veut rien entreprendre » ; « il est incapable d’achever quoi que ce soit » ; « Il refuse de voir la réalité » ; « il est troublé et agité » sont tirés de : Dereck Kinder, « Le paresseux », dans Le livre des Proverbes, Fontenay-sous-Bois / Cergy-Pontoise, Farel-Sator, 1986, p. 32‑34.

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Sur « Jésus, le pain de vie »

Sur « Jésus, le pain de vie »

Pain de vie

Partageons notre pain avec celui qui a faim…

Le récit de la multiplication des pains est souvent invoqué par les chrétiens qui prennent à cœur l’appel du prophète à partager leur pain avec celui qui a faim. Il y a de bonnes raisons pour cela mais encore faut-il trouver lesquelles !

L’Évangile selon Jean nous raconte le lendemain de l’histoire (Jean 6.22). La multiplication des pains a mis la foule en appétit… mais n’a pas discerné que ce que Jésus a fait pointait vers quelque chose d’autre (cf. verset 26). Il voudrait que la foule s’intéresse à ce que le miracle voulait dire bien davantage qu’au fait de faire un bon repas et n’a pas l’intention de pérenniser la multiplication des pains. En cela, l’œuvre de Jésus s’éloigne de ce que nous appellerions une « action sociale ».

Le pain terrestre que Jésus a donné à la foule était un signe pour désigner ce que nous devons rechercher comme étant la grande affaire de notre vie, c’est-à-dire Lui-même. Jésus est le Dieu véritable et la vie éternelle et le Royaume de Dieu en personne. Lui seul satisfait pleinement les aspirations et les besoins les plus profonds de celui qui le reçoit : « Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, et celui qui croit en moi n’aura jamais soif. » (cf. verset 35) Tout cela, il le fait gratuitement, comme un cadeau.

Quand Jésus multiplie les pains, il ne mène donc pas une action sociale mais donne un signe du don de la vie éternelle. Or celle-ci n’est pas une affaire uniquement spirituelle. Dans la suite du chapitre, Jésus insistera sur la résurrection promise pour le dernier jour. Dieu a un avenir pour notre corps, pour l’humanité et pour l’ensemble de la création. Les réalités terrestres comptent pour Dieu et les chrétiens peuvent faire de leur implication sociale un signe de leur espérance ultime.

Comprendre que Jésus est le pain de vie nous montre également que notre vie dépend du don qu’il nous a fait de nous-mêmes. Cela devrait se refléter dans toutes les facettes de notre vie et qu’y a-t-il de plus logique que celui qui vit du pain descendu du ciel partage son pain avec celui qui a faim ? Il y a bien des conséquences sociales à la foi en Jésus comme pain de vie à laquelle la multiplication des pains renvoyait.

Enfin, si Jésus a fait le miracle de la multiplication des pains pour donner un signe qui allait au-delà d’une simple distribution de nourriture, il l’a aussi fait parce que les gens avaient faim. Jésus, qui est devenu vraiment homme en descendant du ciel, est pleinement entré dans la solidarité humaine, la compassion, la pratique de la justice demandée de tout être humain, qui caractérise la vie que Dieu veut pour les créatures faites en son image. La multiplication des pains nous renvoie aussi au fondement « créationnel » de notre action sociale.

Fondement créationnel, conséquences sociales du salut, signe d’un salut futur intégral : oui le récit de la multiplication des pains, lorsqu’il est lu de près, peut motiver et nourrir notre engagement face à la pauvreté.

Daniel Hillion

Directeur des études au SEL – Professeur associé à l’IBN

L’Évangile selon Jean nous raconte le lendemain de l’histoire (Jean 6.22ss). La multiplication des pains a mis la foule en appétit… mais n’a pas discerné que ce que Jésus a fait pointait vers quelque chose d’autre (cf. verset 26). Il voudrait que la foule s’intéresse à ce que le miracle voulait dire bien davantage qu’au fait de faire un bon repas et n’a pas l’intention de pérenniser la multiplication des pains. En cela, l’œuvre de Jésus s’éloigne de ce que nous appellerions une « action sociale ».

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À l’occasion de Pâques !

À L’OCCASION DE PÂQUES !

Méditation de Pâques

8 Nous étions réunis à l’étage supérieur de la maison, éclairé par de nombreuses lampes.
9 Un jeune homme nommé Eutychus s’était assis sur le rebord de la fenêtre et, comme Paul prolongeait encore l’entretien, il s’endormit profondément. Soudain, dans son sommeil, il perdit l’équilibre et tomba du troisième étage. Quand on le releva, il était mort.
10 Paul descendit, se pencha vers lui, le prit dans ses bras et dit :
—Ne vous inquiétez pas ! Il est encore en vie.
11 Il remonta, rompit le pain, mangea, et continua de parler jusqu’au point du jour. Puis il partit.
12 Quant au jeune homme, il fut ramené chez lui indemne, au grand réconfort de tous.

En Actes 20, Paul fait ses adieux à ses amis de la région, et repart vers Jérusalem. Pour les ennemis du christianisme, Paul est désormais l’homme à abattre. D’ailleurs, un complot vient tout juste d’être déjoué. Mais ces menaces qui pèsent sur la vie de Paul ne semblent pas l’empêcher d’avancer et de servir le Seigneur. Il passe sa dernière journée à Troas et va reprendre la mer pour partager l’Évangile. Ce dernier jour dans cette ville est un dimanche, premier jour de la semaine, jour commémoratif de la résurrection du Seigneur, et les chrétiens tenaient spécialement leurs assemblées, le soir, après le travail, car on n’avait pas encore pu faire du dimanche un jour de repos. Ce soir-là, Paul, prolonge son discours qui précède la Cène.

Luc raconte en Actes 20.8-12 :

Nous étions réunis à l’étage supérieur de la maison, éclairé par de nombreuses lampes. Un jeune homme nommé « Eutychus » s’était assis sur le rebord de la fenêtre et, comme Paul prolongeait encore l’entretien, il s’endormit profondément. Soudain, dans son sommeil, il perdit l’équilibre et tomba du troisième étage. Quand on le releva, il était mort. Paul descendit, se pencha vers lui, le prit dans ses bras et dit : Ne vous inquiétez pas ! Il est encore en vie. Il remonta, rompit le pain, mangea, et continua de parler jusqu’au point du jour. Puis il partit. Quant au jeune homme, il fut ramené chez lui indemne, au grand réconfort de tous

Cette réunion s’est prolongée parce que c’était la dernière fois que Paul était en compagnie de ces croyants. Mais il se faisait tard et la fatigue d’une journée de travail pesait sur les paupières. Avec la chaleur de la pièce, le monde contenu dans la salle, les lampes à huile qui chauffaient aussi, il est assez logique que l’on cherchait de l’air. Il faisait chaud, même avec une fenêtre ouverte. Ce contexte, renforcé peut être par le son de la voix de Paul qui discourait sur des sujets théologiques pas forcément faciles à comprendre, a eu raison d’un jeune homme appelé Eutychus, qui s’endormit et chuta mortellement.

Il est clair que si le public était en train de somnoler, il y a dû y avoir un certain sursaut dans l’assistance. Luc, le médecin, est allé constater la mort du jeune homme suite à sa chute. Paul l’a suivi. Comme à chaque fois qu’il est question de résurrection dans la Bible, il n’y a pas eu de rite, pas d’incantation, mais de façon très simple, Paul a affirmé que le jeune homme est encore en vie.

Luc, l’auteur du livre des Actes, a choisi de mettre en miroir cette résurrection et un autre épisode que nous n’allons pas détailler qui se trouve en Actes 9.36-43, avec Pierre et Dorcas. Ces deux récits ont aussi plein de parallèles avec deux autres résurrections que l’on trouve dans l’Ancien testament avec Elie en 1 Rois 17.22-23 et avec Élisée en 2 Rois 4.

Ce n’est pas un hasard. Luc est intentionnel dans sa façon d’écrire. Elie – Élisée étaient des hommes de Dieu, remplis de l’Esprit, agissant avec puissance. Luc, choisit de mettre en parallèle Pierre et Paul de la même manière que les deux anciens prophètes. Au travers de son texte, Luc affirme que les deux apôtres ont été missionnés par Dieu et que le même Esprit les anime l’un et l’autre.

Il faut aussi réaliser que ce miracle intervient dans le cadre de la célébration de la Cène. D’ailleurs juste après la résurrection, Paul va célébrer la Cène, commémorant la victoire sur la mort et annonçant la victoire finale et définitive de Christ ! Ce miracle n’est en réalité qu’une illustration de la puissance de Jésus-Christ.

Il faut bien souligner le contexte dans lequel se passe cet épisode. Paul est pourchassé, on en veut à sa vie. Un complot vient tout juste d’être déjoué. Les gens savent qu’ils ne le reverront plus jamais… mais de voir Dieu agir, Dieu qui est capable de ressusciter un mort, c’est un puissant encouragement. Ses amis ne vont pas pouvoir garder Paul et le protéger, ils doivent le laisser partir, vers Jérusalem où les Juifs ont crucifié Jésus il y a quelques années à peine, ils doivent le laisser repartir, malgré leurs craintes et l’angoisse… Mais Dieu leur démontre qu’Il est là et qu’il a le dernier mot.  Cet épisode est un puissant encouragement en réalité.

Paul ne savait pas du tout ce qui l’attendait, bien qu’il avait une idée des souffrances vécues et qui n’allaient pas cesser. Et pourtant, il a continué à faire confiance à Dieu.

Paul avait médité sur l’œuvre de Christ. Et ça a changé sa vie. A l’occasion de Pâques, nous faisons de même. Nous nous souvenons de la croix, objet de torture, sur laquelle Jésus-Christ a donné sa vie par amour pour nous tous. Et nous nous réjouissons que cette croix n’est pas le dernier épisode de l’histoire. Christ est ressuscité, bien plus il vit aujourd’hui, et il a promis de revenir en puissance et en gloire. Ainsi, la croix vide et le tombeau ouvert démontrent une réalité puissante, qui ouvre le chemin d’une vie nouvelle à la suite du ressuscité.

La croix n’est pas juste un endroit où l’on peut contempler l’amour de Dieu, mais aussi une porte qui nous invite à entrer et vivre en relation avec Dieu, par la foi. 

Vivre par la foi, ce n’est pas l’expérimentation d’une puissance, mais l’expérimentation de la dépendance envers Dieu. C’est d’ailleurs bien plus souvent une expérience qui se vit dans la souffrance que dans l’abondance.

Vivre par la foi :

C’est vivre une vie d’allégeance envers le Dieu Souverain.

Une déférence à l’égard du Dieu qui sait tout.

C’est la reconnaissance de notre incompétence qui reçoit avec joie le pardon offert par le Dieu sauveur.

C’est le choix de la déchéance de notre orgueil, le refus de la manigance de nos certitudes et de l’excellence supposée de nos raisonnements.

C’est l’accueil de la paix intense du Dieu qui fait grâce.

Et l’expérimentation de la confiance dans le Dieu tout puissant.

C’est aussi la certitude d’une présence, celle du Dieu avec nous.

C’est enfin la récompense de celui et celle qui tiendra ferme jusqu’au bout, l’expression d’une cohérence entre ce que nous vivons et croyons.

En fait, vivre par la foi c’est la consistance du christianisme.

Ne vous inquiétez pas ! Il est encore en vie.

Non plus Eutychus, mais celui qui est l’Éternel et en qui nous sommes invités à placer notre espérance.


Matthieu Gangloff

Pâques, pâques, pâques!

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Christianisme sans chrétienté : une gageure ?

Christianisme sans chrétienté : une gageure ?

La parution en 2023, aux Éditions du Cerf (coll. Lexio), d’une édition revue et augmentée du livre La Fin de la chrétienté mérite une mention expresse, tant est stimulante et opportune la réflexion de l’auteur, la philosophe catholique Chantal Delsol.

De fait, si au Ve siècle de notre ère nombre de chrétiens ont cru que l’Église ne survivrait pas à l’Empire romain envahi par les barbares, aujourd’hui nous pouvons, en Europe occidentale, tomber semblablement dans la perplexité en contemplant le christianisme aux prises avec une véritable mutation démographique et culturelle. Or, après une analyse très fine de la situation, l’auteur ne se laisse pas aller à la mélancolie, mais promeut un mode d’existence chrétienne que les évangéliques ne réprouveront pas. Oh ! tout au plus aurions-nous amendé le type du « témoin muet de Dieu » (4e de couv.), proposé pour le chrétien d’aujourd’hui : les évangéliques veulent « lutter pour la foi qui a été transmise une fois pour toutes » (Jd 3), sans dénier la débâcle de la société de chrétienté…

C’est en l’occurrence une révolution culturelle que Chantal Delsol dépeint magistralement : un retour au paganisme après seize siècles de civilisation chrétienne, un retour facilité par « la récusation de la transcendance » (p. 46) au profit d’un métaphorisme édulcoré.

Il y a ainsi révolution morale. Transcrite en des lois dites sociétales, elle est portée par l’émancipation du désir individuel et par l’imposition d’une honte du passé de culture chrétienne. Résultat : « On rétablit le divorce que la Chrétienté avait aboli. On permet l’infanticide [sous forme d’IVG ou d’IMG] que les chrétiens avaient interdit …. On pare de légitimité l’homosexualité ou le suicide [éventuellement assisté], que l’Église naissante avait criminalisés. » (p. 75)

Il y a aussi, quant à la vision même du monde, révolution ontologique. Amenée par la sécheresse du rationalisme moderne, elle conduit au panthéisme et à l’écologisme, figurant derechef une nature enchantée et absolutisée. Ainsi, on se prévaut de l’urgence de la défense de l’environnement pour quitter le rationnel et ériger l’écologie en religion, avec ses prêtres et ses doctrinaires.

Cette révolution, précise Delsol, fait régresser des principes longtemps portés par le christianisme. Ainsi en est-il du concept de vérité, affranchi de l’obligation de certitude ; dès lors se dilue-t-il dans l’agnosticisme, typique des mythologies. Par suite, c’est la morale, se retrouvant seule, qui s’impose. Elle prend la forme de « l’humanitarisme » et la place des « religions de la transcendance » (p. 140) : la philanthropie supplante la vérité. Aussi, comme en paganisme, c’est l’« élite gouvernante [qui] décrète la morale, promeut les lois pour la faire appliquer, et éventuellement la fait appliquer par injures et ostracisme » (p. 149)…

Eh bien, avec un tel retournement de l’histoire, le christianisme, marginalisé, doit se soucier non plus de domination mais d’exemplarité, plaide Delsol ! Et, dis-je, de verbe juste.

Sylvain Aharonian

De fait, si au Ve siècle de notre ère nombre de chrétiens ont cru que l’Église ne survivrait pas à l’Empire romain envahi par les barbares, aujourd’hui nous pouvons, en Europe occidentale, tomber semblablement dans la perplexité en contemplant le christianisme aux prises avec une véritable mutation démographique et culturelle. Or, après une analyse très fine de la situation, l’auteur ne se laisse pas aller à la mélancolie, mais promeut un mode d’existence chrétienne que les évangéliques ne réprouveront pas. Oh ! tout au plus aurions-nous amendé le type du « témoin muet de Dieu » (4e de couv.), proposé pour le chrétien d’aujourd’hui : les évangéliques veulent « lutter pour la foi qui a été transmise une fois pour toutes » (Jd 3), sans dénier la débâcle de la société de chrétienté…

C’est en l’occurrence une révolution culturelle que Chantal Delsol dépeint magistralement : un retour au paganisme après seize siècles de civilisation chrétienne, un retour facilité par « la récusation de la transcendance » (p. 46) au profit d’un métaphorisme édulcoré.

Il y a ainsi révolution morale. Transcrite en des lois dites sociétales, elle est portée par l’émancipation du désir individuel et par l’imposition d’une honte du passé de culture chrétienne. Résultat : « On rétablit le divorce que la Chrétienté avait aboli. On permet l’infanticide [sous forme d’IVG ou d’IMG] que les chrétiens avaient interdit …. On pare de légitimité l’homosexualité ou le suicide [éventuellement assisté], que l’Église naissante avait criminalisés. » (p. 75)

Il y a aussi, quant à la vision même du monde, révolution ontologique. Amenée par la sécheresse du rationalisme moderne, elle conduit au panthéisme et à l’écologisme, figurant derechef une nature enchantée et absolutisée. Ainsi, on se prévaut de l’urgence de la défense de l’environnement pour quitter le rationnel et ériger l’écologie en religion, avec ses prêtres et ses doctrinaires.

Cette révolution, précise Delsol, fait régresser des principes longtemps portés par le christianisme. Ainsi en est-il du concept de vérité, affranchi de l’obligation de certitude ; dès lors se dilue-t-il dans l’agnosticisme, typique des mythologies. Par suite, c’est la morale, se retrouvant seule, qui s’impose. Elle prend la forme de « l’humanitarisme » et la place des « religions de la transcendance » (p. 140) : la philanthropie supplante la vérité. Aussi, comme en paganisme, c’est l’« élite gouvernante [qui] décrète la morale, promeut les lois pour la faire appliquer, et éventuellement la fait appliquer par injures et ostracisme » (p. 149)…

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Le mariage : ce que dit la Bible !

Le mariage : ce que dit la Bible 

Le mariage, réalité humaine commune, a bénéficié, dans l’histoire de la France, sinon d’une sacralisation, du moins d’une sorte de légitimation religieuse, avant d’obtenir une légitimation séculière. Mais aujourd’hui, force est de constater que l’institution du mariage elle-même est questionnée ; il n’y a plus consensus – en revanche le clivage des catholiques et des protestants s’estompe dans ce domaine…
Sylvain Aharonian, professeur d’Etique à l’IBN, esquisse dans cette vidéo le message de la Bible au sujet du mariage en mettant l’accent sur sa dimension d’alliance.

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Les abus sexuels, sortir de l’ombre !

Sortir de l'ombre, les abus sexuels

Les abus sexuels, sortir de l’ombre ! 

S’il y a un thème sur le devant de la scène médiatique, c’est bien celui des abus, sexuels surtout. Effet de mode ? Hélas, non. J’ai rencontré ce thème trop souvent dans des entretiens, pour encore penser qu’il s’agisse d’un phénomène marginal, ou qui épargnerait nos Églises. On ne peut donc que saluer l’initiative Stop Abus, lancée par le CNEF.

Sortir de l’ombre 

Avant que le thème arrive sur le haut de l’attention publique , l’Institut Biblique avait déjà organisé un Forum consacré aux abus sexuels en 2014, dont les textes ont été publiés depuis (Les Abus sexuels. Sortir de l’ombre, Excelsis 2017).

Pourquoi avoir anticipé ainsi la prise de conscience publique ? C’était surtout due à la conjonction entre deux facteurs : plusieurs d’entre nous (parmi les professeurs et les membres du CA) avaient rencontré la problématique, alors que notre formation professionnelle ou expérience personnelle ne nous y avait pas disposés. C’est l’écoute pastorale elle-même, et non un a priori psychologisant qui nous avait conduit à prendre conscience de l’ampleur du phénomène – tant par sa fréquence que par ses effets dévastateurs. Et, deuxième facteur en jeu, la présence de personnes en notre sein qui, par leur profession, étaient des spécialistes dans le domaine : la psychologue Agnès Blocher, qui travaillait auprès de jeunes en difficulté et offrait bénévolement des entretiens de soutien psychologique à nos étudiants ; l’ancien membre de la brigade des mineurs Fabrice Delommel, étudiant à l’ Institut à ce moment.  Ainsi, nous ne pouvions plus nous satisfaire du silence entourant le sujet, jusque dans nos programmes de formation théologique, mais devions faire un moins un premier pas, pour le sortir de l’ombre.

La Bible fait du mariage le seul cadre dans lequel la pratique de la sexualité plaît à Dieu. Elle rejoint donc sans restriction la condamnation de la société des abus sexuels, en particulier commis sur des mineurs. Notre réflexion et notre pastorale pourront tirer pleinement profit de l’apport des sciences humaines, fruit de la grâce commune. (Je me rappelle le dégoût ressenti quand je me suis rendu compte que les agissements d’un maître de stage correspondaient en tout point à ce que décrit la littérature, et quel courage l’étudiante, soutenue par l’équipe professorale, a dû déployer pour les dénoncer.) En même temps, la vision biblique de l’être humain se distingue aussi des consensus sociétaux. Du coup, on peut s’attendre à ce que le contexte plus large de l’éthique biblique soit un cadre particulièrement fécond pour la prise en compte du phénomène.

Les contributions consignées dans le livre restent d’une affligeante actualité. Il vaut toujours – hélas ! – la peine de les lire (ou relire). Ainsi nous serons mieux équipés pour offrir une écoute bienveillante à ceux qui nous entourent, dans nos Églises et hors de nos Églises. Il est probable qu’il y en ait plus d’un qui n’attendent que cela pour dire le secret qui leur pèse et les paralyse.

_________ Lydia Jaeger

De multiples questions se posent : quels sont les signes qui alertent d’une relation abusive ? Comment réagir quand on la soupçonne dans son entourage, y compris à l’Église? Faut-il pardonner sans condition? Pourquoi Dieu n’est-il pas intervenu quand on a crié à lui ? Le chrétien a-t-il le droit de recourir aux instances judiciaires du « monde »?

(Ces réflexions sont le fruit du premier « Forum de l’IBN », journée de réflexion organisée par l’Institut Biblique de Nogent-sur-Marne en novembre 2014. L’ouvrage offre au lecteur un guide éclairant qui l’aidera sur ce terrain semé d’embûches. Il s’appuie sur des compétences pluridisciplinaires, tant exégétiques et dogmatiques, que psychologiques et judiciaires.

Ont collaboré à cet ouvrage : Agnès Blocher, Fabrice Delommel, Lydia Jaeger, Émile Nicole, Elvire Piaget (†), Gladys Vespasien, Peter Winter).

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Sur « L’amour de Dieu »

SUR « L’AMOUR DE DIEU »

Car je prends plaisir à l’amour…

Car je prends plaisir à l’amour bien plus qu’aux sacrifices,

à la connaissance de Dieu bien plus qu’aux holocaustes.

Osée 6.6

Ce verset de l’Ancien Testament orne la salle de culte de l’IBN. C’est un emplacement bien choisi pour ce texte. En effet, par le prophète, Dieu donne ici une réponse à la pratique cultuelle d’Israël en cette période de la fin du Royaume du Nord.

Alors que le peuple semble vouloir rendre à Dieu un honneur particulier, rempli de piété, avec des rites bien accomplis, dans le bon ordre, sous la bonne forme… le Seigneur ne se laisse pas duper. Il sait que le peuple ne se repend pas réellement de ses péchés.

La louange apportée sonne faux. La repentance vécue n’est que de façade, et le retour à Dieu plein de pensées déshonorantes. Le peuple se tourne vers Dieu pour lui rendre un culte, mais les injustices dans le pays sont nombreuses, l’idolâtrie partout présente, et la piété est plus superstitieuse que réelle.

Par la voix du prophète Osée, l’interpellation de Dieu est donc très forte.

Car je prends plaisir à l’amour bien plus qu’aux sacrifices,

à la connaissance de Dieu bien plus qu’aux holocaustes.

Ce n’est pas que les prophètes méprisaient le culte rituel, avec des éléments liturgiques, mais puisque la démarche du peuple est superficielle, le Seigneur n’en tient pas compte et ses prophètes ne peuvent qu’annoncer un message de jugement, et confirmer la venue du châtiment qu’Israël essaie d’éviter.

Dieu merci nous ne sommes pas comme eux… Quoi que…

Ces choses ont été écrites pour nous enseigner. Et l’on ne peut pas passer vite.

Le « circulez, il n’y a rien à voir ne s’applique pas pour le chrétien qui cherche à discerner la voix de Dieu dans sa Parole ». Il y a bien des activités, bien des projets, bien de l’énergie dépensée pour « la gloire de Dieu » qui ne sont pas motivés par l’amour.

L’apôtre Paul dans la fameuse tirade sur l’amour (1 Cor 13), met en garde contre le même phénomène d’activité religieuse, pieuse, mais vide d’amour pour Dieu.

Bien des motivations peuvent nous pousser à l’action.

L’orgueil, la volonté de prouver quelque chose à quelqu’un, ou à soi-même, voire même à Dieu. Des complexes, des peurs, la confusion entre l’être et le faire, la tradition, l’habitude, la culpabilité, et plein d’autres choses peuvent être à la source d’un service ou d’une activité dite pour Dieu.

Car je prends plaisir à l’amour bien plus qu’aux sacrifices,

à la connaissance de Dieu bien plus qu’aux holocaustes.

Comme l’explicite F. Godet :

l’amour est mis ici en parallèle avec le sacrifice, parce qu’il est lui-même le vrai sacrifice, celui de nous-mêmes, et que, sans ce sacrifice, le culte extérieur est pour Dieu comme une offrande sans parfum. [De même] la connaissance de Dieu résulte de la révélation de son amour et de sa sainteté ; cette révélation reçue dans le cœur allume en nous l’amour et fait de notre vie le vrai holocauste[1].

Dans un article récent de la revue Hokhma, après une étude de tout le vocabulaire consacré à l’adoration dans l’Ancien Testament, Elisabeth Schulz conclut :

L’adoration entraîne un style de vie d’adoration. Ce que Dieu attend d’un cœur de serviteur, c’est être bon, juste et droit. Celui qui adore Dieu, porte ou cherche à porter les fruits de l’amour [2] […]  Sans amour conscient, l’adoration n’est rien[3] ».

Car je prends plaisir à l’amour bien plus qu’aux sacrifices,

à la connaissance de Dieu bien plus qu’aux holocaustes.

Osée fait ici écho à la prédication d’Amos (5.22-24), avec une différence d’accent : là où Amos réclame la justice sociale, Osée demande la Hesed (l’amour, la bonté , la bienveillance), mot par lequel il caractérise la manière d’être et de vivre envers le Seigneur et le prochain.

Il s’agit aussi de développer la connaissance du Seigneur, non pas superficielle, mais une connaissance au fond du cœur qui oriente tout le comportement. Le Seigneur considère d’abord les motivations. Parce que la motivation profonde évoquée ici fait défaut, les œuvres du peuple et ses actes de piété sont inutiles et vains.

En toute logique, après avoir été délivré avec une si grande puissance de l’oppression égyptienne, amené en lieu sûr dans le pays où coulait le lait et miel, profitant de la présence de Dieu au milieu du peuple dans le tabernacle puis dans le temple, Israël aurait dû être une nation sainte, un peuple de sacrificateurs… Et encouragé par les prophètes, leur vie en tant que nation aurait dû être le reflet de la gloire et de l’amour de Dieu. Israël était destinée à être la maison témoin de Dieu sur terre… Mais à l’époque, « Israël fabriquait ses propres images (les idoles), fausses ; le peuple se conformait spirituellement à ces images, sans se rendre compte que la seule véritable image était l’image de Dieu, qu’ils auraient dû refléter sur la terre[4] ».

Le prophète annonce donc la déportation, terrible. Et il faudra attendre Jésus-Christ, qui va reconstituer Israël au travers de 12 disciples, et qui va obéir en tous points à la volonté du Père, pour que le projet de Dieu puisse exister, qu’une nation sainte soit visible de tous. Mais cette fois, le peuple de Dieu dépasse le cadre d’Israël, tout le livre des Actes montre comment la communauté de Jésus, l’Église va intégrer des hommes et des femmes de toutes les nations pour faire partie d’un peuple d’adorateurs, de rois prêtres, qui honorent Dieu en étant rassemblés en communautés ou dispersés dans leur quotidien.

Chacun, chacune, et tous ensemble, les chrétiens sont appelés à être porteurs de l’image du Dieu trinitaire, du Dieu d’amour, partout, en tous lieu et en toute circonstance. C’est à ceci que tout connaîtront les disciples de Jésus.

Au travail, jour, après, jour, à la maison, dans les familles, dans le voisinage, dans le métro ou sur la route, qu’il soit rassemblé avec d’autres, ou seule lumière dans l’obscurité, le chrétien est un adorateur et un aimant. Un aimant qui aime, un aimant qui peut attirer vers Dieu. Mais il arrive parfois que le chrétien glisse aussi vers une mauvaise adoration.

Car je prends plaisir à l’amour bien plus qu’aux sacrifices,

à la connaissance de Dieu bien plus qu’aux holocaustes.

Poussé par le Saint Esprit, le prophète Amos a mis par écrit ces paroles pour nous servir d’enseignement. Et ce même Esprit peut nous interpeller et nous mettre en garde contre les idoles de notre temps. « une idole, fondamentalement, est tout ce qui peut prendre la place de Dieu dans le culte. Que ce soit une image de pierre, de l’argent, ou quoi que ce soit d’autre[5] » le Seigneur Jésus, lui-même a cité ce texte deux fois, « dans chaque cas, il a réprimandé des religieux de son temps, les Pharisiens, il les a interpellé sur leur manque d’amour et leur mauvaise compréhension de qui est Dieu.

Que durant cette année 2024, nous puissions grandir à la fois dans notre compréhension de qui est Dieu, dans notre confiance en lui, mais aussi dans l’amour que nous avons pour lui et pour les autres.

Matthieu Gangloff

 

[1] Godet, F. (1981). Les notes de la Bible annotée (A.T. 9) Les douze petits prophètes (p. 26). St Légier: Éditions Emmaüs.

[2] Schulz Elisabeth, « L’adoration éclairée par l’Ancien Testament », dans Hokhma n°124, 2023, p.39

[3] Schulz Elisabeth, « L’adoration éclairée par l’Ancien Testament », dans Hokhma n°124, 2023, p.43

[4] Gregory Beale, On ressemble à ce qu’on adore, Excelsis, page 306

[5] Gregory Beale, On ressemble à ce qu’on adore, Excelsis, page 183

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Donne-nous notre pain…

Dieu pain

Donne-nous notre pain…

Demandons au Seigneur le pain dont nous avons besoin !

Remercier pour le pain est une habitude assez répandue en milieu évangélique, mais le demander, beaucoup moins. Est-ce parce que nous n’en manquons pas ou que nous prions très peu le « Notre Père » ? Toujours est-il que nous aurions tout intérêt à le faire. Voici pourquoi.

Demander du pain au Père céleste, c’est reconnaître que, si notre âme est nourrie par le pain de vie qu’est le Seigneur, notre corps a aussi besoin du pain du boulanger pour subsister. C’est le gage d’une piété équilibrée dans laquelle nous nous préoccupons et de la volonté divine —« Que ta volonté soit faite… »— et de la santé de notre être physique —« Donne-nous notre pain… »— mais dans cet ordre. C’est au fond reconnaître que le Dieu créateur nous a fait âme et corps et qu’il prend soin de tout notre être.

Demander notre pain, c’est ensuite croire en la bonté de Dieu à notre égard et la confesser. J’ai suffisamment confiance dans le Seigneur pour croire qu’il me donnera de bonnes choses si je les lui demande (Mt 7.9-11).  Mon expérience personnelle et pastorale me conduit à penser que ce n’est pas toujours aussi simple. En effet, si nous reconnaissons volontiers que Dieu est bon en général, nous peinons souvent à croire qu’il peut s’intéresser à nous en particulier, parce que nous avons une piètre image de nous-même. Insidieusement, nous mettons en cause la grâce divine et revenons à un salut par les œuvres —nous devrions être dignes de l’intérêt qu’Il nous porte— ce qui revient à douter fondamentalement de sa bonté à notre égard. C’est tellement vrai que, quand la tempête souffle dans notre vie, nous murmurons comme Israël au désert (Ex 16.1-3) plutôt que de bénir l’Éternel comme l’a fait Job dans son épreuve (Jb 1.21).

Demander notre pain quotidien (ou de ce jour), c’est enfin reconnaître notre entière dépendance du Seigneur. Nous n’avons pas besoin de sa sollicitude de temps à autre, mais jour après jour. À l’image des Israélites dans le désert qui ne pouvaient faire de provision de manne pour plusieurs jours, nous ne pouvons nous passer d’implorer sa bonté. C’est d’autant plus difficile que nos frigos et nos congélateurs sont pleins et que nous avons des revenus suffisants pour nous approvisionner. Le livre des Proverbes pointe le risque que nous courons : « dans l’abondance, je pourrais te renier et dire : “Qui est l’Éternel ?” » (Pr 30.9).

Pour toutes ces raisons, apprenons en 2024 à demander au Seigneur le pain dont nous avons besoin !

Etienne Lhermenault

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Noël : Le sapin venu de l’Est

Arbre Noël

À NOËL : LE SAPIN VENU DE L’EST !

Le sapin de Noël, une tradition héritée de l’Est protestant !

Qu’est-ce qui se vend, en France, à près de sept millions d’exemplaires en un mois à partir de la fin novembre ?
L’arbre de Noël ! Une tradition héritée de l’Est protestant, dont une première mention figure au livre de comptes de la Bibliothèque Humaniste de Sélestat, en date du 21 décembre 1521. Et c’est au mouvement des Écoles du dimanche qu’on doit d’avoir popularisé cette coutume à partir du milieu du XIXe siècle.

Symbole d’une allégorie naturelle protestante, l’arbre illustrait le sens du message du salut clairement exprimé dans les Évangiles. Dans les Écoles du dimanche, on expliquait que l’arbre vert symbolisait le croyant, présenté par le psalmiste comme un « arbre toujours vert » (Ps 1). Quant aux lumières qui l’ornaient, elles rappelaient l’incarnation du Christ, « lumière du monde » (Jn 8.12), ou « rayonnement de la gloire du Père » (Hb 1.3), venu révéler Dieu le Père et sauver l’homme du péché.1 Une scénarisation de lectures bibliques et de cantiques orchestrait l’entrée de l’arbre illuminée dans la salle où se déroulait la « fête de l’arbre »2 pour toucher les émotions du public autant que son entendement3.

L’arbre était dressé après Noël et illuminé lors d’une grande fête joyeuse. Voici le récit d’une telle fête organisée à Lyon par un jeune chrétien de l’UCJC, en collaboration avec les Écoles du dimanche :

” Pour célébrer Noël avec leurs élèves, jeunes gens et jeunes filles organisèrent une fête, pour laquelle ils demandèrent une des plus grandes salles de Lyon : le Palais Saint-Pierre. L’animateur, qui n’avait pas dix-huit ans, fut accueilli par le Maire, homme libéral, décidé à encourager toute initiative individuelle ou indépendante qui pouvait servir la morale et le relèvement du pays. D’ailleurs, le fils du Maire connaissait bien Ruben Saillens, travaillant lui aussi au Crédit Lyonnais. La demande fut donc accordée. il ne restait plus qu’à trouver l’argent pour donner aux enfants des cadeaux de Noël. On en trouva grâce à la générosité des protestants de Lyon.

Dans un rapport de R. Saillens, daté de 1872 et trouvé à la Bibliothèque Nationale, le fougueux jeune rapporteur s’écrie : « L’argent, Messieurs, est aussi pour nous le « nerf de la guerre », et souvent, ce vil et précieux métal ayant manqué, nous avons dû rogner les ailes ! »

La fête fut un succès. Deux arbres de Noël furent dressés dans la grande salle. Les pasteurs de Lyon prêtèrent leur concours. Les enfants, guidés par les moniteurs et les monitrices, exécutèrent des chants bien réussis. Douze cents spectateurs remplissaient la salle, et de larges distributions de traités furent faites aux enfants et aux adultes4.”

Vous l’avez compris, ce jeune homme n’est autre que Ruben Saillens (1855-1942) qui, à l’âge de la retraite, en 1921, fondera l’IBN…

Belles occasions de témoignage à chacun du vrai sens de Noel durant ce temps de fin d’année, et heureuses fêtes !

Anne Ruolt

Pour aller plus loin :

Gauthey Louis-Frédéric François, « la fête de l’arbre », Essai sur les Écoles du Dimanche, Paris, Agence de la Société des écoles du dimanche, 1858, p. 177‑181   lire en ligne https://www.google.fr/books/edition/Essai_sur_les_%C3%A9coles_du_dimanche/2d08AAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=Essai+sur+les+%C3%89coles+du+Dimanche+gauthey&printsec=frontcover 

Rouillard, Philippe, Les fêtes chrétiennes en Occident, Paris, Cerf, 2003,

Ruolt Anne, « Du rôle des fêtes et de la joie comme moyens d’exciter la jeunesse », Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses, , vol. 91, no 4, 2011, p. 525‑548. Lire en ligne  https://www.persee.fr/doc/rhpr_0035-2403_2011_num_91_4_1583

Ruolt Anne, « L’arbre de Noël,
ou la leçon de chose protestante », Réforme, , no 3397, 2010, p. 15.lire en ligne https://www.reforme.net/opinions/2011/01/19/journal-12232010-3397-opinions-arbre-noel-lecon-chose-protestante/

Wargenau-Saillens, Madeleine, R & J Saillens évangélistes, Paris, Les Bons Semeurs, 1947, p. 25.

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1 Une autre interprétation veut que l’arbre garni de pommes renvoie à « l’arbre du fruit défendu » de la Genèse, par lequel, en Éden, le mal entra dans le monde, et avec lui la rupture de l’Alliance avec le Créateur. Philippe Rouillard, Les fêtes chrétiennes en Occident, Paris, Cerf, 2003, p. 20. Notons que le lien entre « le mal » et « la pomme » est erroné. Il tire son origine d’un jeu de mot en latin : malus désigne à la fois le pommier et ce qui est mauvais ; malum la pomme et le mal. En langue française, comme en hébreu, les deux mots ne sont pas homonymes. Henri, Blocher,  Révélation des origines, Lausanne, Presses Bibliques Universitaires, 1979, p. 121.

2 Louis-Frédéric François Gauthey, « Fête de l’arbre »,  Essai sur les Écoles du Dimanche, Paris, Agence de la Société des écoles du dimanche, 1858, p. 177‑181   en ligne https://www.google.fr/books/edition/Essai_sur_les_%C3%A9coles_du_dimanche/2d08AAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=Essai+sur+les+%C3%89coles+du+Dimanche+gauthey&printsec=frontcover 

3 Nota bene : C’est à François d’Assise que l’on attribue la paternité de la coutume des crèches qui se sont répandues dans la tradition catholique. En 1223, pour illustrer le récit de la nativité, dans l’Église de Grecchio, ce dernier avait créé la première « crèche vivante ». Au XVIe siècle, ce sont les Jésuites qui créèrent les premières crèches avec figurines. La tradition provençale est datée de 1803. Ripert, 1956, p. 14.

4 Madeleine, Wargenau-Saillens, R & J Saillens évangélistes, Paris, Les Bons Semeurs, 1947, p. 25.

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L’école en question : théorie contre pratique !

ecole en question

Théorie contre pratique :
le rôle de l’école en question

Extrait d’un article des Cahiers de l’Institut biblique de Nogent (juin 1995, n° 89) qui n’a rien perdu de sa pertinence.

On reproche aux instituts bibliques et aux facultés de théologie de ne dispenser qu’une formation théorique au détriment de la pratique… On fait là un faux procès aux écoles de type traditionnel, parce que l’on n’a pas bien saisi quel est le but, ou le rôle, de ces écoles.

Dans l’un de ses “entretiens”, l’Express (28 janvier 1993) posait à Antoine Prost1 la question suivante :

On dit habituellement que le système scolaire est mal adapté à la réalité moderne et au monde du travail. Vous, vous semblez suggérer au contraire un retour à un enseignement traditionnel.

Et Antoine Prost répondait :

Oui. Les entreprises, elles, doivent coller à la modernité et s’adapter aux nouvelles techniques. Mais pas l’école. Son rôle est plutôt de donner les “bases”. C’est ce que disent souvent les professeurs : “Untel manque de bases”… En sixième, en première, ou à l’université, on parle toujours de ces fameuses bases. Personne ne les définit, mais cela signale que l’enseignement a bien pour objectif premier de mettre en place les fondements de tout le reste, sans lesquels rien ne pourra se construire.

On pourrait transposer cela pour l’appliquer à notre propos :

On dit souvent que l’enseignement des instituts bibliques et des facultés de théologie est mal adapté à la réalité du terrain, et que les étudiants qui en sortent ne sont pas préparés au ministère… Mais ce sont les Églises et les œuvres qui doivent coller à la réalité du terrain. Le rôle des écoles est plutôt de donner les connaissances bibliques et théologiques de base, et d’apprendre aux étudiants à réfléchir et à travailler avec leur Bible pout construire leur pensée, laquelle orientera leur pratique. Les écoles ont pour objectif premier de mettre en place les fondements de tout le reste, sans lesquels rien ne pourra se construire.

Axer l’enseignement sur un travail pratique est bien, mais insuffisant. Car on ne peut jamais prévoir toutes les situations auxquelles les serviteurs de Dieu auront à faire face. En outre, la réalité du terrain change sans cesse. La connaissance pratique reçue risque donc de devenir rapidement inadaptée. Seule une formation biblique et théologique approfondie permet aux ouvriers sur le terrain de s’adapter aux situations nouvelles, tout en demeurant fidèles aux principes fondamentaux.

L’équipe pédagogique de 1995

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1 Antoine Prost (né en 1933) est un historien, universitaire, ancien homme politique et ex-syndicaliste français. Il chargé de mission auprès du Premier ministre Michel Rocard pour les questions d’éducation.

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