Qu’importe toi, suis-moi…

QUE T’IMPORTE, TOI, SUIS-MOI…

Un étudiant de l’IBN, Benoît Longuet, promotion 2021, nous a tragiquement quittés cet été. Piqué par une guêpe, il a fait un choc anaphylactique fatal. Comme beaucoup face à ce terrible drame, j’ai interrogé le Seigneur. Très rapidement, la pensée suivante m’est venue : Que t’importe, toi, suis-moi. Comment comprendre et accepter une telle réponse ?

Cette réponse étonnante, qui peut paraître acerbe, est celle que Jésus a donnée à Pierre en Jean 21. Elle est arrivée à la fin d’une longue conversation de Jésus avec Pierre. D’abord, après une période sombre marquée par le reniement, celui qui deviendra le leader des apôtres a dû réaffirmer son amour pour Jésus. Puis réhabilité, il a reçu du Seigneur l’immense responsabilité de prendre soin et d’instruire le troupeau de Dieu (Jean 21. 15-17). Enfin, cette conversation s’est achevée avec des paroles de Jésus très dures concernant sa fin de vie douloureuse pour la gloire de Dieu (Jean 21. 18-19). Sans doute par amitié pour Jean, le disciple bien-aimé du Seigneur, Pierre a voulu savoir ce qu’il adviendrait de lui (Jean 20. 20-23). La réponse de Jésus au souci de Pierre pour Jean est décapante : Que t’importe, toi, suis-moi. Nous laissons de côté toutes les questions introductives sur la composition du chapitre 21 de cet évangile pour aborder cette réponse abrupte de Jésus, que t’importe, toi, suis-moi, sous l’angle pastoral à travers trois applications relatives à notre vie et à notre ministère :

– Que t’importe, toi, suis-moi, même si tu ne comprends pas la manière d’agir de Dieu : Si Dieu est attentif à nos supplications, il arrive qu’Il ne réponde pas toujours comme nous l’aurions souhaité et demandé. Quelquefois, sa réponse peut être énigmatique, sans clarté et sans précisions. Elle peut nous désarçonner surtout quand elle fait plus mal que le mal lui-même. Peu importe, quelle que soit la manière de Dieu, Il souhaite nous apprendre à dépendre de Lui, et non de ce qu’Il donne. Apprenons donc à Lui faire confiance à tout instant et dans chaque circonstance, parce qu’Il est Dieu.

– Que t’importe, toi, suis-moi, même si les fruits de ton service tardent à venir : Nous vivons dans une société de résultats instantanés et de rentabilité. S’il est normal et gratifiant de cueillir rapidement les fruits de notre investissement, la tyrannie de l’immédiat peut nous écraser et nous décourager. Quand nous sommes convaincus d’être là où Dieu nous veut, même dans la souffrance, le manque de fruits est une école d’apprentissage de la persévérance, de la patience et de la prière. Le temps, l’énergie et la capacité donnés au service de Dieu dans son oeuvre sont un investissement dont les conséquences heureuses et certaines dépassent la durée d’une vie. Dans la main de Dieu, notre ministère portera toujours du fruit maintenant ou plus tard. Apprenons donc à servir sans rien attendre en retour immédiatement si ce n’est d’être fidèles dans notre service.

– Que t’importe, toi, suis-moi, même si ta vie et ton ministère sont plus rudes que ceux d’un autre : Après l’amère épreuve du reniement, la mission confiée à Pierre de prendre soin de l’Église embryonnaire le remettait dans ce que Dieu avait prévu pour lui. Pierre a aussi entendu de la bouche de Jésus la fin pénible et douloureuse qui lui était réservée. Loin d’être abattu par cette fi n tragique annoncée, la suite de son ministère nous apprend qu’il a été fidèle à la tâche qui lui a été confiée. Nous ne suivons pas et ne servons pas le Seigneur dans l’espoir d’avoir une vie et un ministère tranquilles. Si notre service pour Dieu nous afflige, si des souffrances subies ou non nous désolent, nous avons l’assurance de la présence et du soutien du Dieu consolateur. Apprenons donc à accepter ce que Dieu a prévu pour nous sans nous comparer ou nous mesurer aux autres.

Nous suivons et servons le Dieu grand et tout-puissant. Il sait et connaît toutes les situations de notre vie et de notre engagement. Sa main souveraine nous conduit. Gardons-nous d’être inquiets et rappelons-nous que le juste vivra par la foi.

Patrice KAULANJAN

(IBphile d’octobre 2022 n°196)

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Une vie d’Église pleine de sens

Une vie d’Église pleine de sens

Une vie d’Église ressourçante nous semble exiger du sens, plus de sens dans ce que nous faisons. La perte de sens est au coeur de bien des phénomènes de lassitude et même d’épuisement. Pendant le confinement, le recours au télétravail a été chez beaucoup à l’origine d’une grande fatigue : faute de contacts humains et d’interactions directes, si ce n’est par écran interposé, de nombreux employés ne comprenaient plus vraiment le sens de ce qu’ils faisaient. Les Églises n’ont pas échappé au phénomène qui a touché les membres et sympathisants au point de les démobiliser.

Si nous parlons de sens, il faut alors évoquer la place que nous réservons à l’Écriture dans nos Églises, parce que c’est d’elle que nous tirons (ou que nous devrions tirer) le sens de tout ce que nous croyons et faisons. Permettez-moi de vous rappeler qu’il ne suffit pas de lire, d’étudier, ni même de connaître par coeur les Écritures pour se soumettre au Seigneur qu’elles révèlent. Les controverses de Jésus avec les scribes, les pharisiens et autres docteurs de la Loi le disent assez. Pour l’exprimer autrement, il n’y a pas qu’une façon de mettre à mal l’autorité de la Parole de Dieu, le relativisme libéral en est une, l’attachement à la lettre au détriment de l’Esprit qui vivifie en est une autre (cf. 2 Co 3.6) et la raréfaction de sa lecture dans nos réunions publiques une troisième. Ce dernier travers me préoccupe car il prend de l’ampleur dans notre monde évangélique. J’ai souvent dit et écrit mon désarroi devant la faible place réservée à la Bible dans nos cultes, en particulier lors de la louange, et plus rarement lors de la prédication et dans nos réunions hebdomadaires. Et un frère dominicain de mes amis, Michel Mallèvre, bon connaisseur des évangéliques, m’a fait remarquer qu’aujourd’hui la Bible était plus lue lors de la Messe que dans bien des cultes évangéliques !

Mais revenons à la seule question de la louange si prisée dans nos rencontres dominicales. Quel sens peut avoir une séquence de louange, aussi professionnelle et émouvante soit-elle, si elle ne répond pas consciemment à ce que l’Écriture nous révèle de la grandeur de Dieu, de sa bonté, de sa lenteur à la colère, de sa sainteté, de sa souveraineté, de son amour manifesté en Jésus-Christ ? Je gage qu’il y a là pour une part l’explication de la pauvreté spirituelle de ces moments, pauvreté hymnologique – des pans entiers de la doctrine et de la piété sont peu ou pas abordés par nos chants –, pauvreté émotionnelle – seule la joie semble de mise au détriment de la crainte de Dieu, de l’expression de sa majesté, de la confession de nos fautes et de nos besoins qui sont aussi une forme de reconnaissance –, pauvreté dans la façon de chanter – la répétition systématique parfois jusqu’à l’absurde de certains choeurs – pour ne rien dire de l’uniformité de style, de la piètre qualité des traductions et des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur nos écrans ! J’arrête là ma litanie pour revenir à la place de l’Écriture dans nos communautés.

Nous confessons la pleine autorité de la Bible, mais nous la lisons peu en public.

N’y aurait-t-il pas un décalage entre les affirmations fortes de nos confessions de foi à son endroit et le rôle que nous lui attribuons concrètement ? Nous confessons sa pleine autorité, mais nous la lisons peu en public. Nous croyons à son importance, mais nous la lisons mal, souvent avec précipitation, pour avoir plus de temps pour la commenter ! Nous reconnaissons qu’il s’agit d’une Parole vivante mais elle fait parfois office d’ornement décoratif ou d’illustration dans certaines de nos rencontres.

La prédication textuelle, si prisée par beaucoup et que j’enseigne à l’Institut, est certainement une des réponses à cette désaffection. En effet, elle permet de faire briller la richesse de l’Écriture et d’inciter l’auditeur à la scruter attentivement. Mais elle nécessite, pour être pertinente, une solide formation biblique et théologique à laquelle trop peu de prédicateurs acceptent de se soumettre. L’enjeu n’est pas mince, c’est que Christ soit et reste au coeur de la prédication. Si nous voulons retrouver une vie d’Église bienfaisante et pleine de sens, il nous faut revenir à nos bonnes vieilles Bibles et écouter ce que l’Esprit dit aux Églises…

ETIENNE LHERMENAULT

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Pourquoi lire l’Ancien Testament ?

Pourquoi lire l’Ancien Testament ?

Mon Église vient de commencer un survol de la Bible : à l’école du dimanche, pour les enfants, et, en parallèle, au culte pour les adultes. Quand j’ai préparé la leçon sur la Genèse, je me suis souvenu de chrétiens exprimant leurs difficultés face à l’Ancien Testament : coutumes et us éloignés des nôtres, récits guerriers remplis de violence, textes de loi impossibles à appliquer tels quels, oracles prophétiques énigmatiques… si le Nouveau Testament accomplit les attentes et prédictions de l’Ancien, pourquoi se soucier encore de ce qui l’a précédé ?

Le Père de Jésus-Christ est le Dieu de l’Ancien Testament

C’est une des premières hérésies à laquelle la jeune Église a dû faire face : des gnostiques, comme Marcion au 2e siècle, ne pouvaient pas admettre que le Dieu créateur, à l’origine du monde matériel, était le Dieu bon qui se révèle en Jésus-Christ. Son canon, première liste de livres bibliques qui soit parvenue jusqu’à nous, exclut l’Ancien Testament (et ne retient qu’une version tronquée du Nouveau).

L’appellation « Ancien Testament » pour la première partie de la Bible se trouve déjà chez Paul (2 Co 3.14) ; et l’auteur de l’épître aux Hébreux n’hésite pas à écrire de ses dispositions rituelles qu’elles appartiennent à l’ancien régime ; « or, ce qui devient ancien et ce qui vieillit est près de disparaître » (Hé 8.13). Mais l’Église n’a jamais vacillé dans sa conviction que la Bible hébraïque est Parole de Dieu, au même titre que le NT. Paul, tout en étant « l’apôtre des païens » (Gal 2.18), souligne l’importance des écrits de l’ancienne alliance : « Tout ce qui a été consigné autrefois dans l’Écriture l’a été pour nous instruire, afi n que la patience et l’encouragement qu’apporte l’Écriture produisent en nous l’espérance » (Rm 15.4).

L’Ancien Testament à l’IBN

Un feuillet de juillet 1921, qui informe des donateurs britanniques du projet de lancer un « French Bible Training Institute » à Nogent, précise que le programme d’études inclura l’étude de chaque chapitre de la Bible. Si nous peinons à mettre totalement en pratique l’objectif affiché de nos fondateurs, cela reste l’objectif de l’Institut : conférer à l’étudiant une solide connaissance de tous les livres de la Bible. 28 crédits (qui correspondent à environ 730 heures d’étude investies par l’étudiant) sont consacrés à l’étude de l’AT au cours des trois années, ce qui constitue plus de la moitié (53 %) des crédits consacrés à la Bible.

L’actualité de l’Ancien Testament

Pourquoi accorder une telle place à l’étude de l’AT dans la formation de pasteurs, missionnaires et évangélistes ? Les raisons en sont diverses :

• Il est impossible de comprendre le Nouveau Testament sans solide connaissance de l’Ancien. Les personnages connus de la Bible hébraïque – Adam et Eve, Abel et Caïn, Hénoch, Noé, Abraham et Sarah, Isaac… peuplent aussi les pages du NT. L’épître aux Hébreux présente un commentaire théologique approfondi de personnes et institutions clé de l’ancienne alliance.

• L’Ancien Testament inscrit l’existence du croyant dans une histoire plurimillénaire. Une telle profondeur est d’autant plus précieuse dans un contexte où la plupart de nos Églises en France sont de fondation récente, de surcroît quand les histoires familiales ne facilitent pas la conscience d’être héritier d’une longue tradition (ruptures relationnelles, migration…).

• Nous suivons l’exemple de Jésus et des apôtres. Environ 10 % des paroles de Jésus sont des citations ou des allusions directes de l’AT. Les discours des Actes sont truffés de citations bibliques. Si Paul évite la preuve scripturaire face aux non-croyants païens sur l’Aréopage (Ac 17), il y a largement recours dans ses épîtres, même quand les Églises auxquelles il écrit sont composées majoritairement de croyants de cet arrière-plan, convertis depuis peu (comme c’est le cas à Corinthe).

• L’Ancien Testament contient des leçons de vie irremplaçables. Une psychologue chrétienne me faisait remarquer la naïveté de nombreux croyants, qui sousestiment les ramifications persistantes du mal dans nos familles et communautés. Quel meilleur antidote que de méditer les récits des patriarches, des juges et des rois, avec leurs lots de rivalités entre frères, de violences faites aux femmes, de doutes devant les promesses de Dieu… Qui connaît l’AT sait que le message de la Bible n’est pas que les croyants sont géniaux, mais que Dieu mène jusqu’au bout son oeuvre de salut (cf. Gn 50.20 ; Rm 5.20). L’Ancien Testament nous apprend à glorifier Dieu dans la vie quotidienne. La doctrine de la création, développée surtout dans l’AT, fournit le cadre d’une spiritualité de la vie ordinaire : servir Dieu à la maison et au travail, puisque ce monde ordinaire, « séculier », est créé par Dieu, et l’homme est appelé à le gérer en vice-régent (Gn 1.28 ; 2.15). La littérature sapientiale apporte des éclairages précieux pour la mise en pratique : Job devant l’énigme du mal, Proverbes avec des conseils très pratiques, le Cantique célébrant la beauté de l’amour conjugal, Qohélet faisant face à la fi nitude de l’existence humaine.

Vive les cours de l’Ancien Testament à l’Institut ! Vive sa lecture dans nos Églises !

Lydia JAEGER

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Vivre dans la reconnaissance…

Vivre dans la reconnaissance

Plus qu’une gratitude occasionnelle, vivre dans la reconnaissance est un style de vie dont la confiance en Dieu, la paix intérieure et la sérénité sont les expressions visibles. La Bible exhorte à cultiver une vie reconnaissante en tout temps. Quelles sont les raisons profondes pour développer une attitude reconnaissante même dans un contexte difficile et compliqué ?

NOUS SOMMES RESSUSCITÉS AVEC CHRIST, V.1-4.

En Lui, Dieu nous a fait passer de la mort à la vie. Nous portons en nous la puissance et la vie du Christ ressuscité. Maintenant, Christ est notre vie. Nous sommes ressuscités avec Lui pour l’éternité. Ce que nous possédons déjà fermement par la foi se réalisera quand Christ paraîtra. Telle est notre espérance.

NOUS AVONS UNE NOUVELLE VIE EN CHRIST, V.5-11.

En Christ par son Esprit, Dieu nous a régénérés pour une vie nouvelle. Le fondement de cette régénération est la croix où le Christ s’est livré pour le pardon de nos péchés. Le signe de cette nouvelle vie est la sainteté. Notre connaissance croissante du Seigneur nous permet de nous débarrasser de notre ancienne façon de vivre. Telle est notre collaboration avec le Dieu.

NOUS SOMMES CHOISIS PAR DIEU, V. 12.

Dieu s’est fait connaître à nous. Choisis par Lui en Jésus, nous sommes devenus ses bien-aimés, mis

à part pour Lui, v.12. Dieu nous aime, c’est l’essentiel de la vie. Continuellement, nous sommes au bénéfice de sa grâce providentielle. Nous ne pouvons pas avoir plus que Dieu. Tout nous vient de Lui. Telle est notre richesse.

NOUS SOMMES REVÊTUS DE LA GRÂCE DE DIEU, V.13.

Dieu nous fait participer à sa grâce. Nous disposons des habits éternels du Christ : la compassion, la bonté, l’humilité, la douceur, la patience… v.12. Nous en sommes fiers. Si nous sommes revêtus du caractère de Jésus pour vivre nos relations, il convient de s’en parer constamment pour aimer jusqu’à pardonner comme le Christ. Tel est notre devoir.

NOUS SOMMES L’ÉGLISE DU SEIGNEUR.

Placés dans l’Église de Jésus-Christ, nous sommes appelés à la paix comme un seul corps. Avec les frères et sœurs en Christ, nous cultivons la paix mise dans notre cœur, afin qu’elle règne dans nos rapports.

La paix est un signe de notre communion en Christ. Telle est notre préoccupation.

Dans notre contexte d’insatisfactions malsaines, celui qui se nourrit de ce qu’il est et possède en Christ, vit dans la reconnaissance à Dieu. Si la dévalorisation de soi, l’angoisse, le pessimisme, la colère refoulée ou explosive, les relations difficiles, voire conflictuelles, gangrènent sa vie, il sait que sa vie est en Christ. Il est assuré de l’activité souveraine et bienfaisante de Dieu dans sa vie. Sa vie de reconnaissance s’exprime entre- autres par des cantiques… v. 16.

Vivons dans la reconnaissance !

Patrice KAULANJAN

(article issu de l’IBphile n°193)

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Dieu vit que cela était bon

Dieu vit que cela était bon

En juin dernier, l’IBN a organisé pour la première
fois, une extension du colloque Dabar
en Europe francophone. Nous étions heureux de réunir un groupe de 12 personnes, composé de représentants des écoles bibliques et facultés de théologie francophone (INFAC) et plusieurs scientifiques évangéliques.

Organisé par le Carl Henry Center (Trinity Evangelical Divinity School, Illinois), ce colloque cherche à promouvoir la recherche théologique dans le domaine de la doctrine de la création qui soit à la fois fidèle aux convictions évangéliques et en interaction avec des travaux pertinents en sciences naturelles. Cette année, le colloque avait pour thème « Dieu vit que cela était bon : unir l’ordre naturel et moral ».

La bonté de la création est une affirmation centrale du premier chapitre de la Genèse, mais elle est souvent négligée dans les débats modernes sur les origines. D’une part, cette bonté est directement liée à la bonté de Dieu ; d’autre part, elle est opposée au péché et au mal. Les différents intervenants ont creusé la signification de la bonté de l’ordre naturel, et la question de savoir si les processus de l’évolution biologique, la souffrance et la mort animales seraient cohérents ou en opposition à cette affirmation. Une contribution particulièrement intéressante dans cette discussion venait d’un exposé de théologie biblique sur le mot tov (bon), dans le refrain du récit de la création : « Dieu vit que cela était bon ». On a suggéré que la création est bonne parce qu’elle accomplit le but pour lequel elle a été créée. Considérer ainsi la bonté change le regard porté sur le monde animal : peut-on vraiment considérer la chaîne alimentaire comme un mal et la conséquence du péché, si elle a été créée précisément pour ce but (cf. Ps 104.21) ?

Une particularité des colloques Dabar est leur déroulement : les articles sont distribués en avance et lors du colloque, chaque intervenant ne présente qu’un résumé de son article, suivi de deux répondants qui soulèvent les points forts et faibles de son argumentation. Cela laisse un temps significatif pour des questions et la réflexion se poursuit dans les groupes de discussion. Ce format a beaucoup plu à notre groupe francophone, puisque le travail de préparation en amont a généré des échanges riches et approfondis, et nous a permis d’avancer dans cet important débat.

Rachel VAUGHAN 

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Les études à l’Institut

Le 1 Novembre 2021

Les études à L’Institut

La sortie du livre « À l’ombre du grand cèdre. Histoire de l’Institut biblique de Nogent (1921-2021)» écrit par Anne Ruolt est l’occasion de revisiter le projet pédagogique de notre école. Voici quelques pages légèrement adaptées de l’ouvrage qui abordent ce sujet

(p. 378-384).

En 1988, le rapport moral exposé par Bernard Huck à l’AG présente le fruit de la réflexion des professeurs réunis le 11 mars 1985. Celui-ci résume la spécificité de l’Institut qui, selon eux, consiste en : « Une formation biblique, de théologie fondamentaliste (dans le bon sens du terme) mais aussi une formation spirituelle, humaine (vie communautaire et de piété) et pratique (initiation aux ministères) »2. Alors qu’il n’y avait en 1984 aucune condition de diplôme préalable pour commencer les études (ce qui est toujours le cas aujourd’hui), le CA de l’Institut se posait la question d’un « examen d’entrée sur les matières bibliques, voire une année préparatoire ». Cette mauvaise connaissance biblique de nombreux étudiants s’expliquait et s’explique toujours par un manque d’enseignement biblique dans les Églises3. Les réflexions menées en 1988 par Paul Sanders, autour d’un projet pédagogique » envisageaient d’étendre à quatre ans le programme d’étude plus exigeant pour répondre aux nouveaux besoins des Églises et des œuvres, insistant sur le degré de la motivation des élèves. « Beaucoup d’étudiants sont prêts à entrer dans les grandes écoles, connaissant les difficultés qu’ils vont rencontrer parce qu’ils sont motivés » affirmait-il, ajoutant « Cette motivation est bien sûr liée aux diplômes qu’ils obtiendront en fin d’études »4.

Dix ans plus tard, en 1998, Gauthier De Smidt présentait la visée de la formation à l’IBN en termes de maturité à acquérir. Il disait :

Si le savoir est un des buts de la formation, nous croyons aussi à l’importance des contacts, au partage des joies et des peines, aux temps des repas et de la détente, aux entretiens et à la prière en commun. C’est aussi ainsi que nos étudiants acquièrent une maturité5.

Ce qui suit recense plusieurs « moyens institutionnels » développés pour atteindre cet objectif de maturité autant dans la maîtrise des savoirs que dans l’exercice pratique et la vie quotidienne.

PÉDAGOGIE POUR FORMER LE CARACTÈRE

UNE PÉDAGOGIE VARIÉE, CENTRÉE SUR L’ENSEIGNANT ET LES CONTENUS

L’Institut n’a pas directement souscrit et développé les principes de la « pédagogie active », mettant l’élève au centre du processus. Des trois pôles en tension du triangle pédagogique de Jean Houssaye, l’enseignant, les savoirs et l’élève, où deux sont naturellement privilégiés au détriment du troisième qui « fait le mort » pour reprendre l’expression originelle, c’est d’abord la relation de l’enseignant aux savoirs à transmettre qui a été privilégiée. Le montre le premier des critères de recrutement des professeurs ou des chargés de cours, celui d’être en conformité avec les doctrines fondamentales de l’École. Ce n’est cependant pas le seul critère. Le second est celui de ses qualités humaines et pastorales, afin de servir de guide ou de « modèle » inspirant pour former des disciples. Ce processus de formation est représenté par la relation enseignant – élève du triangle pédagogique. Par contre, le processus d’apprentissage, représenté par la relation de l’élève aux savoirs, cher aux promoteurs de l’éducation nouvelle, a été le moins privilégié. L’élève est supposé avoir déjà « appris à apprendre ». La réputation de l’Institut, à ses débuts, s’est surtout faite sur l’aura et le rayonnement de ses premiers professeurs et de son directeur. Le modèle pédagogique a davantage été « enseignant-centré » puis « curriculumo-centré », lorsque l’institution a cherché à adopter les normes imposées par l’Association Évangélique Européenne d’Accréditation, même si celle-ci prenait davantage en compte le processus d’apprentissage des élèves.

J. M. Nicole a pourtant pratiqué la « classe inversée », avant qu’elle ne redevienne récemment à la mode, mais peut-être comme M. Jourdain pratiquait la prose, en l’ignorant, et en utilisant cette méthode pour gagner du temps sur ce qu’aurait exigé un cours magistral. Il avait plutôt fait sienne la formule de Ruben Saillens qui affirmait que « ce qui est neuf est rarement bon et ce qui est bon est rarement neuf » En quoi consistait ce mode d’enseignement ? Plutôt que d’exposer un cours de doctrine de façon magistrale et d’imposer à l’étudiant de prendre des notes, pour ensuite assimiler le cours et se présenter à un examen vérifiant l’acquisition des connaissances, le cours, dans le modèle dit de la « classe inversée », est bâti sur une série de questions, livrées à l’élève en amont du cours. C’est en quelque sorte l’étudiant qui prépare le cours en cherchant les réponses par lui-même. Le cours en classe s’organisait alors de la façon suivante : M. Nicole égrainait les questions en interrogeant au hasard un étudiant — honte à lui s’il n’avait rien préparé ! mais bienheureux celui qui était interrogé lors du premier cours, il était tranquille pour un petit moment—, celui-ci lisait ce qu’il avait préparé, puis le professeur corrigeait et complétait en structurant logiquement la réponse, et répondait aux questions que le sujet avait suscitées. Cette méthode favorise l’autonomie de la recherche « par soi- même », l’interaction adaptée aux questions de la classe et le travail d’apprentissage régulier, si… les élèves jouent le jeu et ne reprennent pas le travail de préparation effectué par un de leurs camarades ! Était-ce un choix pédagogique délibéré, ou était-ce un choix par défaut, pour survivre à la charge d’enseignement si variée qui fut celle de J. M. Nicole ? En tout cas, l’habitude a perduré chez M. Nicole lorsque ses différents « Précis » ont été publiés, faisant la synthèse de ses cours. Aujourd’hui si les questionnaires subsistent dans certains cours, ils sont souvent conçus comme une aide destinée à guider l’élève vers ce que le professeur veut qu’il sache restituer le jour de l’examen. L’étudiant y répond après le cours pour se préparer à l’examen, lequel consiste à être capable de répondre, sans ses notes, à une de ces questions tirées au sort.

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Article en intégralité dans le n°192 de l’IBphile

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Dieu merci, c’est lundi !

Dieu merci, c’est lundi !

Certains titres de livres que je n’ai jamais lus me sont restés en mémoire. Ainsi d’un ouvrage feuilleté, à la Convention de Keswick : Thank God It’s Monday. Vraiment ?
Le lundi est sans doute le jour de la semaine le moins aimé. Après les joies du week-end, il faut reprendre le chemin de l’école ou du travail. L’Institut ne fait pas exception, le lundi y est bien chargé. Si la reprise des activités « ordinaires » est parfois difficile, n’oublions pas que les lundis nous sont aussi donnés par Dieu.

APPRENDRE À LOUER DIEU POUR LES LUNDIS

Comment les études à l’Institut aident-t-elles nos étudiants à remercier Dieu pour les lundis ? C’est le cours sur la création qui vient d’abord à l’esprit1. L’humanité a reçu la vocation de régner en vice-gérant sur la terre et de cultiver le jardin. Ce mandat culturel fonde la dignité de tout travail (honnête). L’histoire de l’Église et des missions met en valeur les contributions culturelles de la foi chrétienne pour l’éducation, la santé, l’ethnologie, l’abolition de l’esclavage au 19e siècle… Et la Réforme a mis l’accent sur le sacerdoce universel de tous les chrétiens et la compréhension de tout métier (Beruf selon le terme forgé par Luther) comme vocation (Berufung). Bien entendu, les cours bibliques ne sont pas non plus en reste : pensons au livre de Ruth avec son attention au travail humble des moissonneuses, aux mises en garde des Proverbes contre la paresse et aux exhortations des épîtres concernant la vie dans la famille et au travail (2 Th 3.6-13 ; Ep 5.21 – 6.9 ; etc.). Il suffit de lire la Bible pour se rendre compte que notre Dieu est le Dieu du quotidien.

TOUS SERVITEURS À PLEIN-TEMPS

Reconnaissons-le : la tentation est réelle de réactiver l’opposition erronée entre service de Dieu d’un côté et travail « séculier » de l’autre en espérant encourager ainsi des personnes à se former pour le service en Église . Oui, être appelé au ministère de la Parole est un privilège. Oui, il manque des ouvriers sur les champs de mission, et bientôt dans les Églises évangéliques en France, si ces dernières ne se résolvent pas à investir davantage dans la formation de la prochaine génération de pasteurs .

Mais la promotion des ministères dans l’Église rassemblée ne doit pas se faire au détriment de notre réponse au mandat culturel. Les chrétiens dispersés au cours de la semaine à l’école, au travail et à la maison ne cessent pas pour autant d’être Église. Un pasteur qui ne l’aurait pas compris ne saurait équiper vraiment ses « ouailles » pour leur service dans le monde.

L’HÉRITAGE DE JOHN STOTT

Le théologien anglican John Stott, dont nous venons de commémorer le centenaire de la naissance (27 avril 2021) peut nous inspirer à cet égard. Au 20e siècle, c’est probablement lui qui a fait le plus pour la formation théologique évangélique, en particulier dans les pays du Sud, au moyen de Langham Partnership, une fondation alimentée par les droits d’auteur de ses nombreux livres. Cette dernière, un des acteurs clé du secteur, finance un vaste programme de bourses d’études et de publications théologiques. Pour autant, Stott savait aussi reconnaître et encourager des ministères dans d’autres domaines professionnels, de la médecine aux arts. Le professeur John Wyatt, auteur du livre précieux : Questions de vie et de mort (Excelsis, 2009), rend un témoignage vibrant à l’impact de Stott sur ses choix quand il fréquentait sa paroisse. Alors qu’il s’interrogeait sur le ministère pastoral, Stott l’a plutôt encouragé à poursuivre en médecine – et a même investi de son temps personnel pour lui apprendre à vivre chrétiennement sa vocation professionnelle .

LE CULTE DU VENDREDI APRÈS-MIDI

Pour revenir à l’Institut de Nogent, les étudiants y apprennent que Dieu est le Dieu de toute la vie, mais pas seulement dans les cours. Les fameux « TP »5 du vendredi après-midi aussi le leur enseignent. Oui, le croyant est appelé à exécuter toute tâche comme un service rendu à Dieu. Que le Seigneur nous accorde à tous, étudiants, membres de l’équipe et amis de l’IBN, de faire tout ce que nous faisons « pour la gloire de Dieu » (1 Co 10.31 ; cf. Ep 6.7).

LYDIA JAEGER

Extrait de l’IBphile n°191 (juin 2021)

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Pour une évangélisation connectée

Pour une évangélisation connectée

Chaque année, l’Institut envoie ses étudiants en stage d’évangélisation pour une semaine. Cette formation très pratique se fait en étroite collaboration avec diverses Églises de France. Pour 2020-21, en raison de la situation sanitaire, ce stage a pris une tout autre allure… En effet, Patrice Kaulanjan, son responsable, a initié avec l’aide de certains responsables d’œuvres ou d’Église spécialisés dans le domaine, une formule « connectée » qui laissait place à la théorie et à la pratique. Retour sur cette expérience innovante via cinq questions posées aux étudiants…

1/ COMMENT AS-TU VÉCU CETTE SEMAINE ?

Une bonne semaine d’évangélisation ! Le format Zoom approprié… Les intervenants étaient très intéressants, chacun apportant un regard complémentaire sur la façon d’utiliser le digital dans l’évangélisation.

J’aurais préféré vivre cette formation en présentiel, qu’elle puisse se dérouler normalement en permettant aux étudiants d’aller dans différentes Églises pour vivre l’expérience à 100 %. Mais avec la crise sanitaire, cela a tout compliqué, donc pour une première fois c’était une bonne chose.

Très bien ! Après un an sur Zoom, il y a deux choses à dire : l’une, c’est que l’on s’habitue à ce rythme, qu’on prend ses petites habitudes ; l’autre, c’est que l’on attend impatiemment le jour où l’on peut se retrouver sur place avec le prof et les étudiants ! Très contente donc d’avoir enfin un cours où nous étions tous réunis ! Mais (à ma grande déception, et celle des intervenants certainement), nous n’étions en général qu’une petite dizaine avec la caméra allumée… C’est triste ! Je voulais voir tout le monde, et cela n’a vraiment pas été le cas. Si c’était à refaire : avec plus de visages, s’il-vous-plaît

2/ QU’EST-CE QUE CELA T’A APPORTÉ ?

Un autre regard sur l’évangélisation digitale. Les outils qui nous ont été donnés, comme l’utilisation du site « Canva », m’ont permis de pouvoir diversifier ma façon de partager l’Évangile. Créer des vidéos, améliorer mes publications Instagram, de manière plus pertinente et percutante m’a bien plu.

De me rebooster par rapport à l’évangélisation digitale. En effet, c’est quelque chose que je faisais déjà via Instagram, en partageant sous différents formats, l’Évangile. Les 2 premiers jours, nous avons entendu des témoignages vraiment très édifiants et encourageants, cela m’a vraiment motivée à continuer d’évangéliser sur les réseaux sociaux.

J’aimerais dire « un autre regard sur l’évangélisation », mais en 3 ans à l’IBN, on a déjà entendu beaucoup de choses sur l’évangélisation d’aujourd’hui. Il y a des informations qui se répètent, mais l’avantage de cinq jours de formations sur ce sujet, c’est que l’on approfondit divers points. Ce qui était particulièrement pertinent, c’est l’apport sociologique et historique : nous devons connaître un minimum l’Histoire de notre pays, sa propre Histoire des religions et celle de l’Église. « Les évangéliques sont souvent très forts avec le message à transmettre, mais ont du mal avec le contexte ! » (Jean-Claude Girondin). Eh oui, notre passé compte… pour regarder en avant ! Concernant notre présent (et le présent en devenir), nous avons approfondi le thème de la jeunesse et d’Internet. Nous ne pouvons plus nous en passer aujourd’hui, même si tout le monde ne doit pas être « pro » des réseaux sociaux. Mais, nous ne pouvons plus nous permettre d’être trop en retard non plus : la société actuelle est ce qu’elle est, et dans le passé, chaque responsable d’Église et chaque chrétien tout simplement a dû s’adapter à son époque.

3/ TON REGARD SUR L’ÉVANGÉLISATION « DIGITALE »…

Je pense qu’aujourd’hui la communication passe en grande partie par le digital. J’ai beaucoup d’amis non-croyants sur mes comptes Instagram ou Facebook. Pouvoir réaliser des publications en lien avec l’Évangile est pertinent. Je dirais même que l’évangélisation digitale est devenue indispensable. Tous les moyens de communication sont bons pour répandre la Bonne Nouvelle et interroger nos contemporains sur leurs destinées.

Née dans les années 80, je n’ai pas grandi avec l’ordinateur… c’est venu tout doucement (ou tout rapidement !) alors que je

grandissais. J’avoue donc ne pas être totalement « branchée » parce que la vie ne se résume pas à une vie devant les écrans. Mais, je comprends l’importance et la pertinence de ces réseaux aujourd’hui. Ils atteignent énormément de personnes, en peu de temps, et dans le monde entier. Néanmoins, l’évangélisation par format digital ne doit pas se limiter aux écrans. Je pense que ça peut vite devenir une excuse pour ne pas évangéliser en réel, de personne à personne, dans un lieu donné. L’humain a besoin de contact (la crise de Covid nous l’a révélé). Il faut voir l’évangélisation dans sa globalité : les possibilités d’aujourd’hui, et l’humain qui a besoin de voir des réactions, des émotions, de l’enthousiasme, de la joie.

Je pense que c’est vraiment nécessaire surtout dans la génération hyper connectée dans laquelle nous sommes. L’Église aujourd’hui doit être dans l’air du temps et mettre en place des outils pour parler de Jésus sous un format digital. C’est vraiment une grande opportunité pour partager l’Évangile !

Extrait de l’IBphile n°191

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Comprendre et atteindre la “culture jeune”

Comprendre et atteindre la « culture jeune »

Existe-t-il une culture jeune ? Tous les sociologues ne seraient pas d’accord avec le terme. Certains diront que les valeurs morales des jeunes ne sont pas distinctes de celles de leurs parents et, dans ce sens, la culture des jeunes ne serait pas une culture distincte. Quand bien même on trouverait des phénomènes propres à la jeunesse, les distinctions sont telles selon les contextes qu’une telle culture serait impossible à définir[1].

 

D’autres pensent qu’il existe bien une sous-culture chez les jeunes dont les éléments diffèrent de la culture de leurs parents[2]. Ces phénomènes sont particulièrement marqués dans l’histoire récente. La société contemporaine a davantage pratiqué la ségrégation selon l’âge, notamment depuis la scolarisation obligatoire qui a amené les jeunes à passer davantage de temps avec leur classe d’âge plutôt qu’avec les adultes et entraîné ainsi l’émergence d’une sous-culture. Depuis la Seconde Guerre mondiale, ce phénomène s’est accéléré avec l’apparition des mass-médias, l’urbanisation croissante, la mondialisation et les révolutions technologiques successives qui ont accéléré les ruptures générationnelles.

 

Il semble que, pour la première fois dans l’histoire, il n’émerge pas simplement des « sous-cultures jeunes » au sein de différentes cultures, mais une « culture jeune mondiale » universelle. Plus qu’une culture jeune, cela pourrait être l’émergence de la première « génération mondiale » dans une culture à la prétention universelle.

 

Dans son livre Global Youth Culture (La culture jeune mondiale), Luke Greenwood, décrit cette culture ainsi :

Nous sommes la génération mondiale, . urbains Urbains et connectés, nous croyons à la liberté, l’égalité, la démocratie et la justice. Nous sommes libres et au contrôle. Nous sommes férus de technologie, artistes et activistes. Nous aimons l’image, la beauté et la qualité. Nous sommes ouverts d’esprits, spirituels, tolérants et pluriels. Nous voulons du changement et nous voulons plus. Nous voulons tout maintenant, mais en fait, nous ne savons pas ce que nous voulons.

Nous n’avons jamais été aussi près et en même temps aussi loin les uns des autres, jamais autant déroutés par la vie, son sens et son but. Nous avons été bombardés par l’industrie du divertissement, la culture pop et les stratégies économiques. On nous a dit de tout croire, de tout accepter et de ne faire confiance à personne. Nous croyons que nous pouvons acheter nos

identités. Nous traitons les gens comme nous traitons les choses. Nous voulons nous battre, mais nous ne savons pas pour quoi nous battre. Nous nous sentons vides, engourdis et déroutés. Nous avons franchi la ligne du désespoir. Nous n’avons plus d’espérance et ne savons plus en quoi croire à présent. Nous sommes la culture jeune mondiale et c’est notre cri[3].

Quels sont les marqueurs de cette culture et comment la comprendre ? Comment la rejoindre pour lui présenter l’Évangile ?

Les enfants d’une époque

Pour comprendre la culture jeune, il est nécessaire de comprendre l’époque dans laquelle elle évolue et quelles sont les grandes tendances qui touchent l’ensemble des générations. Ces tendances auront un impact d’autant plus significatif sur les nouvelles générations qu’elles n’ont connu que cette période. Depuis le début des années 2000, l’analyste Patrick Dixon encourage à analyser notre époque et son avenir au moyen de six grands traits correspondant à l’acronyme F.U.T.U.R.E en anglais.

F comme Fast (Rapide) :

Nous vivons dans un monde qui s’accélère avec des changements de plus en plus rapides et un flux constant de nouvelles. Les décideurs doivent se positionner de plus en plus vite dans ce contexte. L’accélération laisse peu de place à la réflexion et conduit à des décisions prises davantage sur la base des émotions tant au niveau individuel que collectif. La moindre nouvelle transmise instantanément à l’échelle planétaire peut déclencher un élan émotionnel affectant le monde d’une façon majeure.

U comme Urbain :

La démographie est fortement influencée par la culture urbaine, avec une augmentation de l’espérance de vie, un vieillissement de la population et un brassage des cultures. Les villes ont une influence majeure dans la culture actuelle, parfois plus grande que les États. Elles façonnent la culture mondiale.

T comme Tribal :

Dans un monde urbain et globalisé, les gens se regroupent en tribus. Le tribalisme est une des forces les plus puissantes dans le monde actuel. Il donne un sentiment d’appartenance et façonne les identités. Les réseaux sociaux accentuent ce phénomène, avec les influenceurs et les communautés. Ils renforcent les tribus avec les algorithmes qui distribuent l’information par centres d’intérêt. Au lieu d’être confrontés à une pensée alternative, les gens sont renforcés dans leurs propres croyances et le phénomène de tribalisme s’accentue.

U comme Universel :

À l’opposé de ces phénomènes identitaires, une culture universelle influencée par la mondialisation se développe. Ce phénomène, initié par les multinationales américaines à la fin du siècle passé comme Coca-Cola ou McDonald’s, s’est accentué ces dernières années avec l’apparition des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), des entreprises qui ont aujourd’hui plus d’influence que les États eux-mêmes et incarnent une culture mondiale.

La concentration dans les zones urbaines et la facilité à voyager favorisent la diffusion de cette culture mondiale et font qu’un jeune Français peut s’identifier davantage avec un jeune urbain de l’autre bout du monde qu’avec les générations passées de sa propre culture.

Cette culture façonne aussi la spiritualité avec une influence séculière au niveau mondial.

R comme Radical :

Dans un monde qui va vite et qui est régi par l’émotion, le tribalisme entraîne des positions de plus en plus radicales. Les clivages politiques traditionnels gauche/droite ont laissé place à des regroupements activistes autour d’enjeux individuels cristallisés par des phénomènes médiatiques et des pétitions à grande échelle relayées par les médias sociaux. Cet activisme se retrouve dans les phénomènes sociaux de ces dernières comme le mouvement Black Live Maters cristallisé par la mort de George Floyd, le plaidoyer pour le climat avec Greta Thunberg ou encore le mouvement des gilets jaunes.

E comme Éthique

Les enjeux éthiques prennent de plus en plus d’importance au milieu de ces changements avec une grande question : au final dans quel monde voulons-nous vivre ? Les questions éthiques portées par des tribus radicales viennent questionner et façonner la culture globale. Aux premiers rangs, on retrouve les questions liées à l’écologie, au genre, à la justice sociale, au droit à la vie privée.

 

Ces six tendances sont des tendances de fond qui impactent la culture durablement. Elles façonnent un monde à deux facettes. D’un côté un monde qui fait peur : rapide, urbain, universel. Et de l’autre côté des tribus, radicales mues par de forts enjeux éthiques. Ces deux réalités s’affrontent et façonnent les mentalités en profondeur, en particulier les nouvelles générations qui n’ont connu que ce monde-là.

 

Le monde rapide, universel et urbain explique l’hyper connexion, le désir de liberté et l’impression que tout est possible. Il montre aussi d’où viennent l’insécurité et la difficulté à trouver du sens. Le monde tribal, radical, éthique explique le besoin d’appartenance, la soif de justice, l’idéalisme et la quête de sens.

Qui sont-ils ?

Quand on parle de la culture jeune, on identifie habituellement trois sous-générations :

 

La génération Y, née entre 1980 et 1995, est devenue adolescente et adulte avec le passage à l’an 2000. Elle a vu l’arrivée d’Internet à domicile et n’a pas connu le monde professionnel sans cet outil.

 

La génération Z, née entre 1995 et 2010, c’est la génération des réseaux sociaux. Les plus âgés avaient 10 ans quand Facebook ou l’iPhone sont apparus. Ils n’ont jamais utilisé un téléphone portable avec clavier, mais seulement avec écran tactile. Les plus vieux ont déjà 25 ans.

 

La génération Alpha arrive après 2010. Certains pensent qu’il sera difficile à l’avenir de distinguer des blocs générationnels, tant les changements s’accélèrent. Il est également possible que la pandémie de la Covid-19 avec son impact mondial entraîne une forme de rupture universelle comme cela a été le cas avec la Seconde Guerre mondiale.

 

Ces générations se retrouvent sur un certain nombre de points. Au lieu des ruptures qui ont pu exister entre les générations plus anciennes, on observe plutôt

une accélération de phénomènes générationnels.

 

On parle de générations hyper connectées, qui se voient davantage comme faisant partie d’une culture mondiale que de l’endroit où elles sont nées. Elles ont un sens de l’attention qui diminue et en même temps énormément d’informations et de connaissances.

 

L’universalisme entraîne un sentiment de toute-puissance et, en même temps, une extrême fragilité face à un monde où il est difficile de trouver son chemin.

 

Parmi les grandes questions de ces générations, on retrouve d’abord la question de l’identité : qui suis-je dans ce monde globalisé ? Cette interrogation pousse ces générations à se rattacher à diverses tribus et, à un moment, l’individu en arrive à se définir comme une intersection des tribus auxquelles il s’identifie.

 

Deuxième grande question, la question de l’appartenance : Est-ce que quelqu’un s’intéresse à moi ? Est-ce que quelqu’un prend soin de moi ? À qui j’appartiens ? Question forte qui explique le besoin de se mettre en avant sur les réseaux sociaux avec les selfies et les stories.

 

Troisième grande question, la question du sens : Qu’est-ce que je devrais faire ? Quel est le but de tout cela ?

 

Du côté des comportements, c’est une génération qui a du mal à se concentrer. On estime que la génération X pouvait faire preuve d’une attention soutenue pendant 25 minutes lors d’un discours, après quoi il fallait regagner son attention.

Aujourd’hui, on parle de 6 petites minutes de concentration pour les générations Y et suivantes. Une baisse principalement liée au flux constant d’informations avec des formats de plus en plus courts[4].

 

Un autre comportement typique de ces générations vient du FOMO (Fear Of Missing Out), la peur de manquer quelque chose d’important ou de rater une occasion. Ainsi les choix vont être le plus souvent influencés par la crainte de louper quelque chose plutôt que par ce que veut réellement l’individu.

Ainsi quand une invitation à un événement m’est adressée, je m’interroge moins sur l’intérêt de l’événement que sur ce que je risque de manquer par ailleurs si je réponds par la positive. À terme, ce phénomène crée une incapacité à choisir : par peur de rater quelque chose d’autre, je préfère attendre. D’où un déficit d’engagement et d’anticipation de la part des jeunes générations.

 

Au niveau des influences culturelles, les jeunes générations ont été influencées par des séries de livres et de films comme Harry Potter ou Hunger Games. On retrouve l’idée d’adolescents et de jeunes adultes qui veulent changer le monde en s’opposant au système. La particularité c’est qu’il ne s’agit pas d’un système politique oppressant ou totalitaire comme dans les films des décennies passées, mais plutôt d’un système incarné par le monde des adultes. Cette thématique qui revient dans les films, les chansons et les séries façonne une culture où le monde des adultes est vu comme l’obstacle pour se réaliser pleinement. La notion du mentor à rechercher chez l’adulte tend à disparaître. Le scénario le plus fréquent montre le jeune qui réussit en faisant le contraire de ce que lui a appris son maître et qui, à la fin, reçoit son approbation. Le jeune devient ainsi le héros qui enseigne les aînés. L’approche intergénérationnelle est ainsi brisée ou inversée.

 

 

 

Sur le plan éthique, cette génération est bien au fait des enjeux globaux. Néanmoins les études montrent que son activisme est relatif. Derrière une volonté apparente de se battre manifestée par des pétitions numériques ou des likes sur les réseaux sociaux, il y a au final peu d’engagement concret. L’action impliquerait de faire des choix et donc… risquer de passer à côté d’autres combats ! L’activisme est finalement émotionnel, superficiel et éclectique, passant d’un combat à un autre ou d’une tendance à l’autre.

 

Sur le plan moral, Terry English de Josiah Venture, un ministère spécialisé parmi la jeunesse, met en avant un changement de paradigme[5], du relativisme moral vers l’individualisme moral. La génération X était marquée par le relativisme. Les points de vue se valaient et chacun pouvait avoir sa propre vision morale. Dans l’individualisme moral, l’individu peut admettre une vérité morale qui vaudrait pour tous, tout en ayant sur le plan personnel un comportement moral différent et sans y voir là de contradiction.

 

Comment l’Église peut répondre aux enjeux de la culture jeune ?

Dans tout ce que nous avons dit, l’Église est peu ou prou hors de portée des radars. Des statistiques réalisées au Royaume-Uni montrent que 70 % de la génération Y ne s’identifie à aucune religion et 66 % ne prie jamais. Et cela s’accentue avec la génération Z. Aux États-Unis, 40 % de la génération Y a simplement disparu des Églises.

Comment l’Église peut-elle, dans ces conditions, s’adapter à cette culture pour garder les plus jeunes de ses fidèles et regagner du terrain parmi les jeunes générations ?

 

Voici au moins huit défis à relever :

 

  • Le défi apologétique

 

Face aux enjeux de la culture jeune mondiale, l’Église doit prendre la posture de l’ethnologue pour comprendre, sans jugement a priori, les fonctionnements de la culture jeune. Elle doit tout à la fois découvrir les éléments de grâce commune qu’elle contient : ce qui est beau, vrai et bon, et identifier les idoles qu’elle nourrit : ce qui est laid, faux et pervers. Elle doit comprendre comment créer des ponts culturels et renverser les idoles par la vérité, l’esthétique et l’éthique de l’Évangile. Elle doit équiper les nouvelles générations de chrétiens pour qu’ils puissent vivre de la bonne façon dans leur environnement culturel et avoir les réponses adaptées pour y témoigner de l’Évangile.

 

  • Le défi technologique

 

Dans une génération hyper connectée où les nouveaux médias sont omniprésents, l’Église doit adapter son message à ces nouveaux supports, comme elle l’a fait il y a 500 ans avec l’arrivée de l’imprimerie, produire des ressources sur ces nouvelles plateformes, et aussi utiliser ces nouveaux outils pour étendre les communautés relationnelles.

Il ne s’agit pas de devenir 100 % digital, mais de trouver comment allier les activités en présentiel avec les possibilités qu’offrent les usages numériques. L’accent porté de plus en plus sur la géolocalisation devrait notamment permettre aux Églises locales d’utiliser les outils numériques pour développer leur communauté de proximité.

 

  • Le défi de l’incarnation

 

La digitalisation s’accompagne d’une diminution des interactions sociales. Les gens croisent de moins en moins de personnes en dehors de leur réseau familial ou de leurs collègues de travail. Les interactions qui subsistent se font par tribalisme.

Peut-elle se connecter avec toutes ces tribus alors qu’elle est touchée par le même phénomène d’entre-soi ? Comment attirer de nouvelles personnes, quand les contacts disparaissent ? C’est là où il nous faut redécouvrir l’incarnation. Cette capacité à être Église au milieu du monde plutôt qu’à côté de lui.

Les pasteurs ou les évangélistes « professionnels » n’ont peut-être plus les moyens de pénétrer les réseaux relationnels comme ils le faisaient avant ou de faire venir les personnes à eux, mais l’immense majorité des chrétiens le peut. Par notre famille et notre activité, nous avons tous au moins accès à deux réseaux relationnels auxquels s’ajoutent les tribus liées à nos centres d’intérêt.

Pour atteindre cette nouvelle génération, il devient donc vital d’encourager les chrétiens à investir du temps dans ces cercles (quitte à renoncer à certaines activités d’Église ?) et de les équiper pour y apporter un témoignage pertinent qui aille au-delà des mots.

Au milieu d’une génération qui écoute avec ses yeux et pense avec ses émotions, il ne faut pas simplement retrouver une apologétique du discours, mais de la vie tout entière qui montre par l’exemple qu’il existe des réponses aux questions de l’identité, de l’appartenance et du but de la vie.

 

  • Le défi du discipulat en communauté

 

Il y a dans l’Évangile et la vie de disciple selon Jésus de quoi répondre aux questions de l’identité, de l’appartenance et du but de la vie. Mais est-ce bien ce qui est transmis dans nos Églises ? Les études réalisées aux États-Unis montrent que là où l’Église n’a pas su garder la génération Y, l’enseignement correspondait souvent à ce que Terry English appelle le moralisme théiste thérapeutique[6]. En résumé : « Dieu t’aime et prendra soin de toi si tu te comportes bien ». Cet enseignement encourage davantage à la conformité au groupe qu’à une vie façonnée par la grâce et l’exigence de la repentance. Il encourage plus à suivre des principes moraux qu’à appartenir à Jésus, le maître. Il laisse entendre que, si on suit Dieu, tout ira bien, au lieu d’enseigner un discipulat qui inclut la souffrance, la mort à soi-même et le sacrifice. Il laisse peu de place aux défis et à la mission qui pourraient donner une raison de vivre à cette génération. Il y a urgence à revenir à un discipulat centré sur l’Évangile, à la fois radical et exigeant qui permettra à la fois de trouver une identité, une appartenance et une raison de vivre. La dimension communautaire doit y jouer aussi un rôle important pour redonner une appartenance à des jeunes en manque de repères et venant souvent de structures familiales ébranlées. La communauté permet de rejoindre la nouvelle génération sur le versant du tribalisme, à la fois pour ceux qui en font partie, mais aussi dans une approche missionnelle où la notion d’appartenance peut précéder l’adhésion spirituelle et la conversion.

 

  • Le défi inter générationnel

 

Comme nous l’avons dit, la culture nourrit un conflit de générations et il faut pouvoir recréer des ponts. Les études réalisées aux États-Unis font deux constats à propos des Églises qui ont su garder la génération Y :

  • Elles avaient des programmes pour équiper les familles afin que les parents se considèrent comme les premiers agents de discipulat, contrairement aux communautés où tout passait par le seul programme jeunesse. Cet accent sur la famille a favorisé un discipulat holistique et intergénérationnel.
  • Elles ont progressivement intégré les jeunes générations dans le culte et les structures de la communauté au lieu d’en rester aux seuls programmes jeunesse, et ont ainsi appris à fonctionner avec d’autres générations. À l’inverse ceux qui sont restés « coincés » dans les programmes jeunesse de leur Église n’ont pas su par la suite s’intégrer dans une autre Église lorsqu’ils ont quitté leur ville d’origine pour les études.

 

Paradoxalement, il semble qu’une des plus grandes préoccupations des jeunes de la génération Z serait de savoir comment interagir avec leurs parents. L’Église aurait-elle donc  un rôle à jouer pour réconcilier les générations ?

 

  • Le défi éthique

 

Pour rejoindre les nouvelles générations, l’Église doit s’intéresser aux grandes questions éthiques qui les préoccupent. Les questions écologiques, les enjeux liés au genre, à la sexualité, à la multiculturalité, aux usages technologiques sont des sujets extrêmement présents dans la société, mais souvent trop peu abordés dans nos Églises. De ce fait, nous passons à côté des sujets dominants de la culture et donnons l’impression de n’avoir rien à dire.

Il nous faut à nouveau démontrer la pertinence de l’éthique chrétienne face aux grands débats de notre temps.

           

  • Le défi de la formation

 

L’Église, comme la sphère éducative, ont été marquées ces derniers siècles par l’enseignement de type magistral, mais l’arrivée des nouvelles technologies laisse davantage de place à l’interaction et à l’échange dans les processus d’apprentissages. Il y a encore 20 ans, on allait en cours pour avoir de l’information. Aujourd’hui, l’information est constamment disponible au-delà même de ce que l’enseignant peut transmettre. Les nouvelles générations développent donc davantage l’autoformation par l’accès qu’elles ont à la connaissance. Par contre qui dit accès à l’information ne dit pas sagesse dans son utilisation. Les psychologues Dunning et Kruger ont mis en évidence un effet de surconfiance, un biais cognitif chez les personnes qui découvrent un sujet et surestiment leur compétence[7]. Ce phénomène est particulièrement marquant dans la culture jeune du fait de l’abondance d’informations. Les connaissances sont réelles, mais la superficialité de leur traitement empêche de donner véritablement du sens à l’information. Le rôle de l’enseignant évolue donc de celui qui communique la connaissance à celui qui donne du sens en aidant à ordonner l’information et à discerner sa pertinence. Cela demande de repenser les modalités de la formation pour passer d’un mode où l’apprenant se contente d’écouter à un mode où il est acteur et en dialogue avec l’enseignant.

La dimension pratique de l’apprentissage doit aussi être remise à l’honneur dans un contexte où la digitalisation pousse à se détacher de la sphère réelle.

 

  • Le défi de la transmission

 

La génération Z est très portée vers l’entrepreneuriat et aime la créativité. On estime que plus de 50 % de cette génération ne souhaite pas intégrer une entreprise existante, mais préférerait lancer sa propre activité. Le phénomène d’ubérisation accentue cette tendance en favorisant des structures de travailleurs indépendants connectés en réseau. C’est un vrai défi pour l’Église déjà confrontée à un fossé entre les génération et à une vraie difficulté pour renouveler ses cadres.

Là où la génération Y se projetait encore assez bien dans les structures existantes, il semble que la génération Z se détache davantage de l’institution pour lancer des initiatives isolées. La transmission impliquera donc de ne pas seulement « passer le bâton », mais aussi d’accepter que de nouveaux modèles puissent naître et de les encourager avec joie. L’exemple de Barnabas qui a su encourager le démarrage de l’Église d’Antioche est un bel exemple à méditer pour accompagner ces transitions générationnelles dans le leadership de l’Église.

L’Évangile puissance de Dieu pour le salut de la culture jeune

Face à la culture jeune, l’Église peut se sentir démunie. Pourtant, elle a dans l’Évangile, le trésor capable de sauver les nouvelles générations et de répondre à leurs aspirations les plus profondes.

 

L’Évangile de Christ peut répondre aux questions identitaires, au besoin d’appartenance et à la recherche de sens. Bien plus l’Église trouve dans l’Évangile le modèle dont elle a besoin pour rejoindre la culture jeune et relever les défis qu’elle pose.

Si l’Église reste fidèle à l’éthique de Christ, si elle suit son exemple de serviteur, si elle reste attachée à lui dans la souffrance pour donner l’Évangile au monde, alors elle continuera à porter du fruit dans cette culture et dans cette génération, comme elle l’a fait à travers les siècles.

 

 

Philippe Monnery

IBphile n°190, avril 2021

[1] Steinberg, L. (2008). Adolescence. New York, NY: McGraw-Hill.

[2] Voir notamment les travaux de Janssens, ou Schwartz et Merten, cités sur Youth Culture, wikipedia : https://en.wikipedia.org/wiki/Youth_culture

[3] Greenwood, Luke. Global Youth Culture, Steiger International, 2019, p. 18, traduction libre.

[4] Voir notamment, Terry English, “What have the media and educators learned about recent changes in youth culture”, Forum of Christian Leaders, 22 mai 2016, https://foclonline.org/answer/what-have-media-and-educators-learned-about-recent-changes-youth-culture, consulté le 27 mars 2021.

[5] Ibidem.

[6]Terry English, “Understanding the Times: Trends in Youth Culture and Their Impact on Ministry”, Forum of Christian Leaders, 22 mai 2016, https://foclonline.org/talk/understanding-times-trends-youth-culture-and-their-impact-ministry, consulté le 27 mars 2021.

[7] “Effet Dunning-Kruger”, wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_Dunning-Kruger, consulté le 27 mars 2021

Une pandémie révélatrice

Le 16 février 2021

Une pandémie révélatrice

La pandémie qui rythme notre quotidien depuis plusieurs mois semble agir comme un révélateur, voire un accélérateur, de fragilités individuelles et sociales, d’errements médiatiques et politiques, d’impasses intellectuelles, et aussi d’indigences ecclésiales. Extrait du rapport du directeur à l’assemblée générale de l’IBN.

 

Si l’Institut Biblique veut former de façon pertinente les responsables évangéliques, il ne peut ignorer avec quelle pâte il travaille s’il veut mieux cerner l’objectif à poursuivre dans son ministère. Ce que la situation sanitaire, avec toutes ses contraintes, met en lumière dans nos Églises et plus largement dans notre mouvement évangélique l’intéresse donc au premier chef.

 

DES ÉGLISES… VIRTUELLES !

 

Ce qu’Internet n’a pas réussi à faire au cours des années, la pandémie l’a accompli : transformer nos Églises en assemblées virtuelles ! Je grossis le trait à dessein pour vous faire toucher du doigt une réalité préoccupante : les cultes à distance, en totalité ou en partie, consacrent ce qu’il y a de plus regrettable dans notre mouvement évangélique, la consommation religieuse. Je veux parler ici d’une tendance à transformer le culte en spectacle pour attirer et fidéliser un auditoire. Pour y parvenir, il faut certes travailler, mais aussi avoir du charisme, des moyens humains et financiers et un auditoire nombreux et enthousiaste. Le passage à l’écran pour raisons sanitaires a renforcé une tentation déjà présente dans ces cultes-spectacle : soigner surtout les apparences. C’est ainsi qu’une partie non-négligeable des auditoires de nos modestes communautés profitent de la multiplicité de l’offre sur Zoom ou sur YouTube pour aller voir si l’herbe n’est pas plus verte chez le voisin. D’un clic, chacun peut suivre de son canapé au choix Hillsong-Paris, MLK à Créteil, l’Église baptiste de Pontault-Combault… Et chacun de ressortir fasciné par la performance du groupe de louange, des animateurs ou du prédicateur. Comment ne pas se sentir alors frustré d’appartenir à une Église qui, certes, met beaucoup de bonne volonté dans la préparation de ses célébrations mais ne parvient guère à soutenir la comparaison ? Et ce qui retenait chacun de trop papillonner jusqu’ici, la dimension personnelle des relations humaines, la chaleur de la communion fraternelle, le souci mutuel souvent présents dans nos modestes communautés, étant mis à mal par les contraintes sanitaires, nous sommes tentés d’aller chercher ailleurs de quoi nous faire vibrer. Et de trahir ainsi notre vocation de membre du corps de Christ en nous transformant en simples spectateurs. La pandémie ne serait-elle pas en train de redistribuer les cartes au profit de quelques Églises phares et d’appauvrir le réseau des « petites » Églises si nécessaires à l’apprentissage de l’amour fraternel et au témoignage de proximité ? Je le crains.

 

LE CŒUR PLUS QUE LA TECHNIQUE

 

Ce constat nous conduit, à l’Institut, à relativiser la centralité de la technique au profit du cœur au sens biblique du terme dans la formation au ministère. Il importe assez peu que nos étudiants sachent utiliser une application de visioconférence ou diffuser un culte sur YouTube. Après tout, ils trouveront dans l’Église ou dans l’œuvre dont ils auront la charge des passionnés qui le feront beaucoup mieux qu’eux. Par contre, il est essentiel qu’ils apprennent à discerner ce qui est important et à ne pas le perdre de vue quand l’adversité survient. Comment rompre l’isolement des confinés ? Comment faire vivre la communion fraternelle quand l’Église est durablement dispersée ? Comment cultiver l’espérance quand l’horizon se limite à la prochaine vague de l’épidémie ou à l’arrivée d’un vaccin ? Seul un cœur nourri de la pensée du Seigneur, exercé à discerner les temps et les moments et rempli de l’amour de Dieu par le Saint-Esprit trouvera les voies et moyens de faire vivre l’Église dans de telles circonstances.

Etienne Lhermenault

IBphile de janvier 2021

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