Comprendre et atteindre la “culture jeune”

Comprendre et atteindre la « culture jeune »

Existe-t-il une culture jeune ? Tous les sociologues ne seraient pas d’accord avec le terme. Certains diront que les valeurs morales des jeunes ne sont pas distinctes de celles de leurs parents et, dans ce sens, la culture des jeunes ne serait pas une culture distincte. Quand bien même on trouverait des phénomènes propres à la jeunesse, les distinctions sont telles selon les contextes qu’une telle culture serait impossible à définir[1].

 

D’autres pensent qu’il existe bien une sous-culture chez les jeunes dont les éléments diffèrent de la culture de leurs parents[2]. Ces phénomènes sont particulièrement marqués dans l’histoire récente. La société contemporaine a davantage pratiqué la ségrégation selon l’âge, notamment depuis la scolarisation obligatoire qui a amené les jeunes à passer davantage de temps avec leur classe d’âge plutôt qu’avec les adultes et entraîné ainsi l’émergence d’une sous-culture. Depuis la Seconde Guerre mondiale, ce phénomène s’est accéléré avec l’apparition des mass-médias, l’urbanisation croissante, la mondialisation et les révolutions technologiques successives qui ont accéléré les ruptures générationnelles.

 

Il semble que, pour la première fois dans l’histoire, il n’émerge pas simplement des « sous-cultures jeunes » au sein de différentes cultures, mais une « culture jeune mondiale » universelle. Plus qu’une culture jeune, cela pourrait être l’émergence de la première « génération mondiale » dans une culture à la prétention universelle.

 

Dans son livre Global Youth Culture (La culture jeune mondiale), Luke Greenwood, décrit cette culture ainsi :

Nous sommes la génération mondiale, . urbains Urbains et connectés, nous croyons à la liberté, l’égalité, la démocratie et la justice. Nous sommes libres et au contrôle. Nous sommes férus de technologie, artistes et activistes. Nous aimons l’image, la beauté et la qualité. Nous sommes ouverts d’esprits, spirituels, tolérants et pluriels. Nous voulons du changement et nous voulons plus. Nous voulons tout maintenant, mais en fait, nous ne savons pas ce que nous voulons.

Nous n’avons jamais été aussi près et en même temps aussi loin les uns des autres, jamais autant déroutés par la vie, son sens et son but. Nous avons été bombardés par l’industrie du divertissement, la culture pop et les stratégies économiques. On nous a dit de tout croire, de tout accepter et de ne faire confiance à personne. Nous croyons que nous pouvons acheter nos

identités. Nous traitons les gens comme nous traitons les choses. Nous voulons nous battre, mais nous ne savons pas pour quoi nous battre. Nous nous sentons vides, engourdis et déroutés. Nous avons franchi la ligne du désespoir. Nous n’avons plus d’espérance et ne savons plus en quoi croire à présent. Nous sommes la culture jeune mondiale et c’est notre cri[3].

Quels sont les marqueurs de cette culture et comment la comprendre ? Comment la rejoindre pour lui présenter l’Évangile ?

Les enfants d’une époque

Pour comprendre la culture jeune, il est nécessaire de comprendre l’époque dans laquelle elle évolue et quelles sont les grandes tendances qui touchent l’ensemble des générations. Ces tendances auront un impact d’autant plus significatif sur les nouvelles générations qu’elles n’ont connu que cette période. Depuis le début des années 2000, l’analyste Patrick Dixon encourage à analyser notre époque et son avenir au moyen de six grands traits correspondant à l’acronyme F.U.T.U.R.E en anglais.

F comme Fast (Rapide) :

Nous vivons dans un monde qui s’accélère avec des changements de plus en plus rapides et un flux constant de nouvelles. Les décideurs doivent se positionner de plus en plus vite dans ce contexte. L’accélération laisse peu de place à la réflexion et conduit à des décisions prises davantage sur la base des émotions tant au niveau individuel que collectif. La moindre nouvelle transmise instantanément à l’échelle planétaire peut déclencher un élan émotionnel affectant le monde d’une façon majeure.

U comme Urbain :

La démographie est fortement influencée par la culture urbaine, avec une augmentation de l’espérance de vie, un vieillissement de la population et un brassage des cultures. Les villes ont une influence majeure dans la culture actuelle, parfois plus grande que les États. Elles façonnent la culture mondiale.

T comme Tribal :

Dans un monde urbain et globalisé, les gens se regroupent en tribus. Le tribalisme est une des forces les plus puissantes dans le monde actuel. Il donne un sentiment d’appartenance et façonne les identités. Les réseaux sociaux accentuent ce phénomène, avec les influenceurs et les communautés. Ils renforcent les tribus avec les algorithmes qui distribuent l’information par centres d’intérêt. Au lieu d’être confrontés à une pensée alternative, les gens sont renforcés dans leurs propres croyances et le phénomène de tribalisme s’accentue.

U comme Universel :

À l’opposé de ces phénomènes identitaires, une culture universelle influencée par la mondialisation se développe. Ce phénomène, initié par les multinationales américaines à la fin du siècle passé comme Coca-Cola ou McDonald’s, s’est accentué ces dernières années avec l’apparition des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), des entreprises qui ont aujourd’hui plus d’influence que les États eux-mêmes et incarnent une culture mondiale.

La concentration dans les zones urbaines et la facilité à voyager favorisent la diffusion de cette culture mondiale et font qu’un jeune Français peut s’identifier davantage avec un jeune urbain de l’autre bout du monde qu’avec les générations passées de sa propre culture.

Cette culture façonne aussi la spiritualité avec une influence séculière au niveau mondial.

R comme Radical :

Dans un monde qui va vite et qui est régi par l’émotion, le tribalisme entraîne des positions de plus en plus radicales. Les clivages politiques traditionnels gauche/droite ont laissé place à des regroupements activistes autour d’enjeux individuels cristallisés par des phénomènes médiatiques et des pétitions à grande échelle relayées par les médias sociaux. Cet activisme se retrouve dans les phénomènes sociaux de ces dernières comme le mouvement Black Live Maters cristallisé par la mort de George Floyd, le plaidoyer pour le climat avec Greta Thunberg ou encore le mouvement des gilets jaunes.

E comme Éthique

Les enjeux éthiques prennent de plus en plus d’importance au milieu de ces changements avec une grande question : au final dans quel monde voulons-nous vivre ? Les questions éthiques portées par des tribus radicales viennent questionner et façonner la culture globale. Aux premiers rangs, on retrouve les questions liées à l’écologie, au genre, à la justice sociale, au droit à la vie privée.

 

Ces six tendances sont des tendances de fond qui impactent la culture durablement. Elles façonnent un monde à deux facettes. D’un côté un monde qui fait peur : rapide, urbain, universel. Et de l’autre côté des tribus, radicales mues par de forts enjeux éthiques. Ces deux réalités s’affrontent et façonnent les mentalités en profondeur, en particulier les nouvelles générations qui n’ont connu que ce monde-là.

 

Le monde rapide, universel et urbain explique l’hyper connexion, le désir de liberté et l’impression que tout est possible. Il montre aussi d’où viennent l’insécurité et la difficulté à trouver du sens. Le monde tribal, radical, éthique explique le besoin d’appartenance, la soif de justice, l’idéalisme et la quête de sens.

Qui sont-ils ?

Quand on parle de la culture jeune, on identifie habituellement trois sous-générations :

 

La génération Y, née entre 1980 et 1995, est devenue adolescente et adulte avec le passage à l’an 2000. Elle a vu l’arrivée d’Internet à domicile et n’a pas connu le monde professionnel sans cet outil.

 

La génération Z, née entre 1995 et 2010, c’est la génération des réseaux sociaux. Les plus âgés avaient 10 ans quand Facebook ou l’iPhone sont apparus. Ils n’ont jamais utilisé un téléphone portable avec clavier, mais seulement avec écran tactile. Les plus vieux ont déjà 25 ans.

 

La génération Alpha arrive après 2010. Certains pensent qu’il sera difficile à l’avenir de distinguer des blocs générationnels, tant les changements s’accélèrent. Il est également possible que la pandémie de la Covid-19 avec son impact mondial entraîne une forme de rupture universelle comme cela a été le cas avec la Seconde Guerre mondiale.

 

Ces générations se retrouvent sur un certain nombre de points. Au lieu des ruptures qui ont pu exister entre les générations plus anciennes, on observe plutôt

une accélération de phénomènes générationnels.

 

On parle de générations hyper connectées, qui se voient davantage comme faisant partie d’une culture mondiale que de l’endroit où elles sont nées. Elles ont un sens de l’attention qui diminue et en même temps énormément d’informations et de connaissances.

 

L’universalisme entraîne un sentiment de toute-puissance et, en même temps, une extrême fragilité face à un monde où il est difficile de trouver son chemin.

 

Parmi les grandes questions de ces générations, on retrouve d’abord la question de l’identité : qui suis-je dans ce monde globalisé ? Cette interrogation pousse ces générations à se rattacher à diverses tribus et, à un moment, l’individu en arrive à se définir comme une intersection des tribus auxquelles il s’identifie.

 

Deuxième grande question, la question de l’appartenance : Est-ce que quelqu’un s’intéresse à moi ? Est-ce que quelqu’un prend soin de moi ? À qui j’appartiens ? Question forte qui explique le besoin de se mettre en avant sur les réseaux sociaux avec les selfies et les stories.

 

Troisième grande question, la question du sens : Qu’est-ce que je devrais faire ? Quel est le but de tout cela ?

 

Du côté des comportements, c’est une génération qui a du mal à se concentrer. On estime que la génération X pouvait faire preuve d’une attention soutenue pendant 25 minutes lors d’un discours, après quoi il fallait regagner son attention.

Aujourd’hui, on parle de 6 petites minutes de concentration pour les générations Y et suivantes. Une baisse principalement liée au flux constant d’informations avec des formats de plus en plus courts[4].

 

Un autre comportement typique de ces générations vient du FOMO (Fear Of Missing Out), la peur de manquer quelque chose d’important ou de rater une occasion. Ainsi les choix vont être le plus souvent influencés par la crainte de louper quelque chose plutôt que par ce que veut réellement l’individu.

Ainsi quand une invitation à un événement m’est adressée, je m’interroge moins sur l’intérêt de l’événement que sur ce que je risque de manquer par ailleurs si je réponds par la positive. À terme, ce phénomène crée une incapacité à choisir : par peur de rater quelque chose d’autre, je préfère attendre. D’où un déficit d’engagement et d’anticipation de la part des jeunes générations.

 

Au niveau des influences culturelles, les jeunes générations ont été influencées par des séries de livres et de films comme Harry Potter ou Hunger Games. On retrouve l’idée d’adolescents et de jeunes adultes qui veulent changer le monde en s’opposant au système. La particularité c’est qu’il ne s’agit pas d’un système politique oppressant ou totalitaire comme dans les films des décennies passées, mais plutôt d’un système incarné par le monde des adultes. Cette thématique qui revient dans les films, les chansons et les séries façonne une culture où le monde des adultes est vu comme l’obstacle pour se réaliser pleinement. La notion du mentor à rechercher chez l’adulte tend à disparaître. Le scénario le plus fréquent montre le jeune qui réussit en faisant le contraire de ce que lui a appris son maître et qui, à la fin, reçoit son approbation. Le jeune devient ainsi le héros qui enseigne les aînés. L’approche intergénérationnelle est ainsi brisée ou inversée.

 

 

 

Sur le plan éthique, cette génération est bien au fait des enjeux globaux. Néanmoins les études montrent que son activisme est relatif. Derrière une volonté apparente de se battre manifestée par des pétitions numériques ou des likes sur les réseaux sociaux, il y a au final peu d’engagement concret. L’action impliquerait de faire des choix et donc… risquer de passer à côté d’autres combats ! L’activisme est finalement émotionnel, superficiel et éclectique, passant d’un combat à un autre ou d’une tendance à l’autre.

 

Sur le plan moral, Terry English de Josiah Venture, un ministère spécialisé parmi la jeunesse, met en avant un changement de paradigme[5], du relativisme moral vers l’individualisme moral. La génération X était marquée par le relativisme. Les points de vue se valaient et chacun pouvait avoir sa propre vision morale. Dans l’individualisme moral, l’individu peut admettre une vérité morale qui vaudrait pour tous, tout en ayant sur le plan personnel un comportement moral différent et sans y voir là de contradiction.

 

Comment l’Église peut répondre aux enjeux de la culture jeune ?

Dans tout ce que nous avons dit, l’Église est peu ou prou hors de portée des radars. Des statistiques réalisées au Royaume-Uni montrent que 70 % de la génération Y ne s’identifie à aucune religion et 66 % ne prie jamais. Et cela s’accentue avec la génération Z. Aux États-Unis, 40 % de la génération Y a simplement disparu des Églises.

Comment l’Église peut-elle, dans ces conditions, s’adapter à cette culture pour garder les plus jeunes de ses fidèles et regagner du terrain parmi les jeunes générations ?

 

Voici au moins huit défis à relever :

 

  • Le défi apologétique

 

Face aux enjeux de la culture jeune mondiale, l’Église doit prendre la posture de l’ethnologue pour comprendre, sans jugement a priori, les fonctionnements de la culture jeune. Elle doit tout à la fois découvrir les éléments de grâce commune qu’elle contient : ce qui est beau, vrai et bon, et identifier les idoles qu’elle nourrit : ce qui est laid, faux et pervers. Elle doit comprendre comment créer des ponts culturels et renverser les idoles par la vérité, l’esthétique et l’éthique de l’Évangile. Elle doit équiper les nouvelles générations de chrétiens pour qu’ils puissent vivre de la bonne façon dans leur environnement culturel et avoir les réponses adaptées pour y témoigner de l’Évangile.

 

  • Le défi technologique

 

Dans une génération hyper connectée où les nouveaux médias sont omniprésents, l’Église doit adapter son message à ces nouveaux supports, comme elle l’a fait il y a 500 ans avec l’arrivée de l’imprimerie, produire des ressources sur ces nouvelles plateformes, et aussi utiliser ces nouveaux outils pour étendre les communautés relationnelles.

Il ne s’agit pas de devenir 100 % digital, mais de trouver comment allier les activités en présentiel avec les possibilités qu’offrent les usages numériques. L’accent porté de plus en plus sur la géolocalisation devrait notamment permettre aux Églises locales d’utiliser les outils numériques pour développer leur communauté de proximité.

 

  • Le défi de l’incarnation

 

La digitalisation s’accompagne d’une diminution des interactions sociales. Les gens croisent de moins en moins de personnes en dehors de leur réseau familial ou de leurs collègues de travail. Les interactions qui subsistent se font par tribalisme.

Peut-elle se connecter avec toutes ces tribus alors qu’elle est touchée par le même phénomène d’entre-soi ? Comment attirer de nouvelles personnes, quand les contacts disparaissent ? C’est là où il nous faut redécouvrir l’incarnation. Cette capacité à être Église au milieu du monde plutôt qu’à côté de lui.

Les pasteurs ou les évangélistes « professionnels » n’ont peut-être plus les moyens de pénétrer les réseaux relationnels comme ils le faisaient avant ou de faire venir les personnes à eux, mais l’immense majorité des chrétiens le peut. Par notre famille et notre activité, nous avons tous au moins accès à deux réseaux relationnels auxquels s’ajoutent les tribus liées à nos centres d’intérêt.

Pour atteindre cette nouvelle génération, il devient donc vital d’encourager les chrétiens à investir du temps dans ces cercles (quitte à renoncer à certaines activités d’Église ?) et de les équiper pour y apporter un témoignage pertinent qui aille au-delà des mots.

Au milieu d’une génération qui écoute avec ses yeux et pense avec ses émotions, il ne faut pas simplement retrouver une apologétique du discours, mais de la vie tout entière qui montre par l’exemple qu’il existe des réponses aux questions de l’identité, de l’appartenance et du but de la vie.

 

  • Le défi du discipulat en communauté

 

Il y a dans l’Évangile et la vie de disciple selon Jésus de quoi répondre aux questions de l’identité, de l’appartenance et du but de la vie. Mais est-ce bien ce qui est transmis dans nos Églises ? Les études réalisées aux États-Unis montrent que là où l’Église n’a pas su garder la génération Y, l’enseignement correspondait souvent à ce que Terry English appelle le moralisme théiste thérapeutique[6]. En résumé : « Dieu t’aime et prendra soin de toi si tu te comportes bien ». Cet enseignement encourage davantage à la conformité au groupe qu’à une vie façonnée par la grâce et l’exigence de la repentance. Il encourage plus à suivre des principes moraux qu’à appartenir à Jésus, le maître. Il laisse entendre que, si on suit Dieu, tout ira bien, au lieu d’enseigner un discipulat qui inclut la souffrance, la mort à soi-même et le sacrifice. Il laisse peu de place aux défis et à la mission qui pourraient donner une raison de vivre à cette génération. Il y a urgence à revenir à un discipulat centré sur l’Évangile, à la fois radical et exigeant qui permettra à la fois de trouver une identité, une appartenance et une raison de vivre. La dimension communautaire doit y jouer aussi un rôle important pour redonner une appartenance à des jeunes en manque de repères et venant souvent de structures familiales ébranlées. La communauté permet de rejoindre la nouvelle génération sur le versant du tribalisme, à la fois pour ceux qui en font partie, mais aussi dans une approche missionnelle où la notion d’appartenance peut précéder l’adhésion spirituelle et la conversion.

 

  • Le défi inter générationnel

 

Comme nous l’avons dit, la culture nourrit un conflit de générations et il faut pouvoir recréer des ponts. Les études réalisées aux États-Unis font deux constats à propos des Églises qui ont su garder la génération Y :

  • Elles avaient des programmes pour équiper les familles afin que les parents se considèrent comme les premiers agents de discipulat, contrairement aux communautés où tout passait par le seul programme jeunesse. Cet accent sur la famille a favorisé un discipulat holistique et intergénérationnel.
  • Elles ont progressivement intégré les jeunes générations dans le culte et les structures de la communauté au lieu d’en rester aux seuls programmes jeunesse, et ont ainsi appris à fonctionner avec d’autres générations. À l’inverse ceux qui sont restés « coincés » dans les programmes jeunesse de leur Église n’ont pas su par la suite s’intégrer dans une autre Église lorsqu’ils ont quitté leur ville d’origine pour les études.

 

Paradoxalement, il semble qu’une des plus grandes préoccupations des jeunes de la génération Z serait de savoir comment interagir avec leurs parents. L’Église aurait-elle donc  un rôle à jouer pour réconcilier les générations ?

 

  • Le défi éthique

 

Pour rejoindre les nouvelles générations, l’Église doit s’intéresser aux grandes questions éthiques qui les préoccupent. Les questions écologiques, les enjeux liés au genre, à la sexualité, à la multiculturalité, aux usages technologiques sont des sujets extrêmement présents dans la société, mais souvent trop peu abordés dans nos Églises. De ce fait, nous passons à côté des sujets dominants de la culture et donnons l’impression de n’avoir rien à dire.

Il nous faut à nouveau démontrer la pertinence de l’éthique chrétienne face aux grands débats de notre temps.

           

  • Le défi de la formation

 

L’Église, comme la sphère éducative, ont été marquées ces derniers siècles par l’enseignement de type magistral, mais l’arrivée des nouvelles technologies laisse davantage de place à l’interaction et à l’échange dans les processus d’apprentissages. Il y a encore 20 ans, on allait en cours pour avoir de l’information. Aujourd’hui, l’information est constamment disponible au-delà même de ce que l’enseignant peut transmettre. Les nouvelles générations développent donc davantage l’autoformation par l’accès qu’elles ont à la connaissance. Par contre qui dit accès à l’information ne dit pas sagesse dans son utilisation. Les psychologues Dunning et Kruger ont mis en évidence un effet de surconfiance, un biais cognitif chez les personnes qui découvrent un sujet et surestiment leur compétence[7]. Ce phénomène est particulièrement marquant dans la culture jeune du fait de l’abondance d’informations. Les connaissances sont réelles, mais la superficialité de leur traitement empêche de donner véritablement du sens à l’information. Le rôle de l’enseignant évolue donc de celui qui communique la connaissance à celui qui donne du sens en aidant à ordonner l’information et à discerner sa pertinence. Cela demande de repenser les modalités de la formation pour passer d’un mode où l’apprenant se contente d’écouter à un mode où il est acteur et en dialogue avec l’enseignant.

La dimension pratique de l’apprentissage doit aussi être remise à l’honneur dans un contexte où la digitalisation pousse à se détacher de la sphère réelle.

 

  • Le défi de la transmission

 

La génération Z est très portée vers l’entrepreneuriat et aime la créativité. On estime que plus de 50 % de cette génération ne souhaite pas intégrer une entreprise existante, mais préférerait lancer sa propre activité. Le phénomène d’ubérisation accentue cette tendance en favorisant des structures de travailleurs indépendants connectés en réseau. C’est un vrai défi pour l’Église déjà confrontée à un fossé entre les génération et à une vraie difficulté pour renouveler ses cadres.

Là où la génération Y se projetait encore assez bien dans les structures existantes, il semble que la génération Z se détache davantage de l’institution pour lancer des initiatives isolées. La transmission impliquera donc de ne pas seulement « passer le bâton », mais aussi d’accepter que de nouveaux modèles puissent naître et de les encourager avec joie. L’exemple de Barnabas qui a su encourager le démarrage de l’Église d’Antioche est un bel exemple à méditer pour accompagner ces transitions générationnelles dans le leadership de l’Église.

L’Évangile puissance de Dieu pour le salut de la culture jeune

Face à la culture jeune, l’Église peut se sentir démunie. Pourtant, elle a dans l’Évangile, le trésor capable de sauver les nouvelles générations et de répondre à leurs aspirations les plus profondes.

 

L’Évangile de Christ peut répondre aux questions identitaires, au besoin d’appartenance et à la recherche de sens. Bien plus l’Église trouve dans l’Évangile le modèle dont elle a besoin pour rejoindre la culture jeune et relever les défis qu’elle pose.

Si l’Église reste fidèle à l’éthique de Christ, si elle suit son exemple de serviteur, si elle reste attachée à lui dans la souffrance pour donner l’Évangile au monde, alors elle continuera à porter du fruit dans cette culture et dans cette génération, comme elle l’a fait à travers les siècles.

 

 

Philippe Monnery

IBphile n°190, avril 2021

[1] Steinberg, L. (2008). Adolescence. New York, NY: McGraw-Hill.

[2] Voir notamment les travaux de Janssens, ou Schwartz et Merten, cités sur Youth Culture, wikipedia : https://en.wikipedia.org/wiki/Youth_culture

[3] Greenwood, Luke. Global Youth Culture, Steiger International, 2019, p. 18, traduction libre.

[4] Voir notamment, Terry English, “What have the media and educators learned about recent changes in youth culture”, Forum of Christian Leaders, 22 mai 2016, https://foclonline.org/answer/what-have-media-and-educators-learned-about-recent-changes-youth-culture, consulté le 27 mars 2021.

[5] Ibidem.

[6]Terry English, “Understanding the Times: Trends in Youth Culture and Their Impact on Ministry”, Forum of Christian Leaders, 22 mai 2016, https://foclonline.org/talk/understanding-times-trends-youth-culture-and-their-impact-ministry, consulté le 27 mars 2021.

[7] “Effet Dunning-Kruger”, wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_Dunning-Kruger, consulté le 27 mars 2021

Encourager les autres, un ministère à vivre

« Un mot d’encouragement lors d’un échec vaut plus qu’une heure d’éloges après un succès . » L’encouragement est une source de motivation dans nos relations, tant pour celui qui encourage que pour celui qui est encouragé. La Parole de Dieu ne nous exhorte-t-elle pas à ce précieux ministère ? Comment mettre en pratique cette recommandation ?
Tout en réfléchissant au thème de l’encouragement, la figure de Barnabas (dont le nom signifie « fils de l‘encouragement ») s’impose à moi. Cité près d’une trentaine
de fois dans le Nouveau Testament, Barnabas nous laisse un héritage éloquent de son ministère consistant à « donner du cœur ». En parcourant le récit biblique, nous pouvons trouver quelques repères pour vivre ce ministère dont l’Église a tant besoin, particulièrement en ces temps troublés. Comment, à l’instar de Barnabas, pouvons- nous encourager nos frères et sœurs à poursuivre le chemin de la foi ?

PAR DES GESTES CONCRETS

Descendant de la lignée des Lévites, chrétien de Chypres, Barnabas entre dans la révélation biblique en faisant don aux apôtres de l’argent de la vente de son champ (Act. 4. 36). Ce geste généreux de sa part n’est nullement normatif. C’est le Seigneur, qui, en son temps, lui a mis à cœur d’agir ainsi. Sa générosité peut nous inspirer pour que nos encouragements soient plus que des paroles bienfaisantes.

PAR DES PAROLES DE SOUTIEN

Si Barnabas a eu un différend avec Paul, qui s’est réglé comme il se devait, il a d’abord été un puissant soutien pour l’apôtre à l’aube de son ministère. C’est lui qui l’a introduit auprès des apôtres avec des paroles rassurantes. Et c’est alors le début de l’extraordinaire ministère du persécuteur de l’Église, devenu chrétien, que nous connaissons tous. Nos paroles d’encouragement peuvent avoir une portée insoupçonnée dans la main de notre Dieu.

PAR LA JOIE PARTAGÉE

La persécution survenue après la mort d’Étienne a provoqué l’éparpillement de plusieurs chrétiens dans diverses villes et régions. Dispersés, ces chrétiens ont annoncé l’Évangile à tous là où ils se trouvaient (Act. 11. 25-30). Des Églises ont vu le jour, notamment à Antioche. Envoyé par les apôtres dans cette ville afin de constater la conversion au Christ de nombreux païens, Barnabas s’est réjoui de l’œuvre de Dieu. Nul doute que sa joie a été un encouragement pour ces jeunes chrétiens dans la foi. Plus tard, cette Église a joué un rôle important dans l’expansion de la Bonne Nouvelle. Se réjouir avec les autres a une ampleur qui dépasse les limites de notre propre vie.

PAR LA PAROLE DE DIEU

Barnabas était un serviteur de la Parole. Dieu l’y avait appelé (Act. 13. 2). Aux côtés de Paul, son ministère de prédicateur était connu. À Antioche, il a encouragé les frères et sœurs à rester fermement attachés au Seigneur (Act. 11. 23). À Antioche de Pisidie (Act. 13. 43), toujours avec Paul, il a su accompagner de nouveaux convertis et les aider à rester attachés à la grâce de Dieu.

L’encouragement par la Parole, c’est dire ce que dit Dieu. Ce ministère est à la portée de tous. L’efficacité de la Parole de Dieu « déposée » dans une vie est certaine. En ces temps difficiles, un geste de bonté accompli, une joie partagée, un verset approprié ou une parole douce peuvent redonner le courage (qui nous manque parfois) pour tenir fermes dans le Seigneur et dans notre service pour lui.
Soyons des Barnabas !

Patrice Kaulanjan

Spécial COVID

Spécial COVID à l’IBN

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