Dieu vit que cela était bon

Dieu vit que cela était bon

En juin dernier, l’IBN a organisé pour la première
fois, une extension du colloque Dabar
en Europe francophone. Nous étions heureux de réunir un groupe de 12 personnes, composé de représentants des écoles bibliques et facultés de théologie francophone (INFAC) et plusieurs scientifiques évangéliques.

Organisé par le Carl Henry Center (Trinity Evangelical Divinity School, Illinois), ce colloque cherche à promouvoir la recherche théologique dans le domaine de la doctrine de la création qui soit à la fois fidèle aux convictions évangéliques et en interaction avec des travaux pertinents en sciences naturelles. Cette année, le colloque avait pour thème « Dieu vit que cela était bon : unir l’ordre naturel et moral ».

La bonté de la création est une affirmation centrale du premier chapitre de la Genèse, mais elle est souvent négligée dans les débats modernes sur les origines. D’une part, cette bonté est directement liée à la bonté de Dieu ; d’autre part, elle est opposée au péché et au mal. Les différents intervenants ont creusé la signification de la bonté de l’ordre naturel, et la question de savoir si les processus de l’évolution biologique, la souffrance et la mort animales seraient cohérents ou en opposition à cette affirmation. Une contribution particulièrement intéressante dans cette discussion venait d’un exposé de théologie biblique sur le mot tov (bon), dans le refrain du récit de la création : « Dieu vit que cela était bon ». On a suggéré que la création est bonne parce qu’elle accomplit le but pour lequel elle a été créée. Considérer ainsi la bonté change le regard porté sur le monde animal : peut-on vraiment considérer la chaîne alimentaire comme un mal et la conséquence du péché, si elle a été créée précisément pour ce but (cf. Ps 104.21) ?

Une particularité des colloques Dabar est leur déroulement : les articles sont distribués en avance et lors du colloque, chaque intervenant ne présente qu’un résumé de son article, suivi de deux répondants qui soulèvent les points forts et faibles de son argumentation. Cela laisse un temps significatif pour des questions et la réflexion se poursuit dans les groupes de discussion. Ce format a beaucoup plu à notre groupe francophone, puisque le travail de préparation en amont a généré des échanges riches et approfondis, et nous a permis d’avancer dans cet important débat.

Rachel VAUGHAN 

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Les études à l’Institut

Le 1 Novembre 2021

Les études à L’Institut

La sortie du livre « À l’ombre du grand cèdre. Histoire de l’Institut biblique de Nogent (1921-2021)» écrit par Anne Ruolt est l’occasion de revisiter le projet pédagogique de notre école. Voici quelques pages légèrement adaptées de l’ouvrage qui abordent ce sujet

(p. 378-384).

En 1988, le rapport moral exposé par Bernard Huck à l’AG présente le fruit de la réflexion des professeurs réunis le 11 mars 1985. Celui-ci résume la spécificité de l’Institut qui, selon eux, consiste en : « Une formation biblique, de théologie fondamentaliste (dans le bon sens du terme) mais aussi une formation spirituelle, humaine (vie communautaire et de piété) et pratique (initiation aux ministères) »2. Alors qu’il n’y avait en 1984 aucune condition de diplôme préalable pour commencer les études (ce qui est toujours le cas aujourd’hui), le CA de l’Institut se posait la question d’un « examen d’entrée sur les matières bibliques, voire une année préparatoire ». Cette mauvaise connaissance biblique de nombreux étudiants s’expliquait et s’explique toujours par un manque d’enseignement biblique dans les Églises3. Les réflexions menées en 1988 par Paul Sanders, autour d’un projet pédagogique » envisageaient d’étendre à quatre ans le programme d’étude plus exigeant pour répondre aux nouveaux besoins des Églises et des œuvres, insistant sur le degré de la motivation des élèves. « Beaucoup d’étudiants sont prêts à entrer dans les grandes écoles, connaissant les difficultés qu’ils vont rencontrer parce qu’ils sont motivés » affirmait-il, ajoutant « Cette motivation est bien sûr liée aux diplômes qu’ils obtiendront en fin d’études »4.

Dix ans plus tard, en 1998, Gauthier De Smidt présentait la visée de la formation à l’IBN en termes de maturité à acquérir. Il disait :

Si le savoir est un des buts de la formation, nous croyons aussi à l’importance des contacts, au partage des joies et des peines, aux temps des repas et de la détente, aux entretiens et à la prière en commun. C’est aussi ainsi que nos étudiants acquièrent une maturité5.

Ce qui suit recense plusieurs « moyens institutionnels » développés pour atteindre cet objectif de maturité autant dans la maîtrise des savoirs que dans l’exercice pratique et la vie quotidienne.

PÉDAGOGIE POUR FORMER LE CARACTÈRE

UNE PÉDAGOGIE VARIÉE, CENTRÉE SUR L’ENSEIGNANT ET LES CONTENUS

L’Institut n’a pas directement souscrit et développé les principes de la « pédagogie active », mettant l’élève au centre du processus. Des trois pôles en tension du triangle pédagogique de Jean Houssaye, l’enseignant, les savoirs et l’élève, où deux sont naturellement privilégiés au détriment du troisième qui « fait le mort » pour reprendre l’expression originelle, c’est d’abord la relation de l’enseignant aux savoirs à transmettre qui a été privilégiée. Le montre le premier des critères de recrutement des professeurs ou des chargés de cours, celui d’être en conformité avec les doctrines fondamentales de l’École. Ce n’est cependant pas le seul critère. Le second est celui de ses qualités humaines et pastorales, afin de servir de guide ou de « modèle » inspirant pour former des disciples. Ce processus de formation est représenté par la relation enseignant – élève du triangle pédagogique. Par contre, le processus d’apprentissage, représenté par la relation de l’élève aux savoirs, cher aux promoteurs de l’éducation nouvelle, a été le moins privilégié. L’élève est supposé avoir déjà « appris à apprendre ». La réputation de l’Institut, à ses débuts, s’est surtout faite sur l’aura et le rayonnement de ses premiers professeurs et de son directeur. Le modèle pédagogique a davantage été « enseignant-centré » puis « curriculumo-centré », lorsque l’institution a cherché à adopter les normes imposées par l’Association Évangélique Européenne d’Accréditation, même si celle-ci prenait davantage en compte le processus d’apprentissage des élèves.

J. M. Nicole a pourtant pratiqué la « classe inversée », avant qu’elle ne redevienne récemment à la mode, mais peut-être comme M. Jourdain pratiquait la prose, en l’ignorant, et en utilisant cette méthode pour gagner du temps sur ce qu’aurait exigé un cours magistral. Il avait plutôt fait sienne la formule de Ruben Saillens qui affirmait que « ce qui est neuf est rarement bon et ce qui est bon est rarement neuf » En quoi consistait ce mode d’enseignement ? Plutôt que d’exposer un cours de doctrine de façon magistrale et d’imposer à l’étudiant de prendre des notes, pour ensuite assimiler le cours et se présenter à un examen vérifiant l’acquisition des connaissances, le cours, dans le modèle dit de la « classe inversée », est bâti sur une série de questions, livrées à l’élève en amont du cours. C’est en quelque sorte l’étudiant qui prépare le cours en cherchant les réponses par lui-même. Le cours en classe s’organisait alors de la façon suivante : M. Nicole égrainait les questions en interrogeant au hasard un étudiant — honte à lui s’il n’avait rien préparé ! mais bienheureux celui qui était interrogé lors du premier cours, il était tranquille pour un petit moment—, celui-ci lisait ce qu’il avait préparé, puis le professeur corrigeait et complétait en structurant logiquement la réponse, et répondait aux questions que le sujet avait suscitées. Cette méthode favorise l’autonomie de la recherche « par soi- même », l’interaction adaptée aux questions de la classe et le travail d’apprentissage régulier, si… les élèves jouent le jeu et ne reprennent pas le travail de préparation effectué par un de leurs camarades ! Était-ce un choix pédagogique délibéré, ou était-ce un choix par défaut, pour survivre à la charge d’enseignement si variée qui fut celle de J. M. Nicole ? En tout cas, l’habitude a perduré chez M. Nicole lorsque ses différents « Précis » ont été publiés, faisant la synthèse de ses cours. Aujourd’hui si les questionnaires subsistent dans certains cours, ils sont souvent conçus comme une aide destinée à guider l’élève vers ce que le professeur veut qu’il sache restituer le jour de l’examen. L’étudiant y répond après le cours pour se préparer à l’examen, lequel consiste à être capable de répondre, sans ses notes, à une de ces questions tirées au sort.

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Article en intégralité dans le n°192 de l’IBphile

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Dieu merci, c’est lundi !

Dieu merci, c’est lundi !

Certains titres de livres que je n’ai jamais lus me sont restés en mémoire. Ainsi d’un ouvrage feuilleté, à la Convention de Keswick : Thank God It’s Monday. Vraiment ?
Le lundi est sans doute le jour de la semaine le moins aimé. Après les joies du week-end, il faut reprendre le chemin de l’école ou du travail. L’Institut ne fait pas exception, le lundi y est bien chargé. Si la reprise des activités « ordinaires » est parfois difficile, n’oublions pas que les lundis nous sont aussi donnés par Dieu.

APPRENDRE À LOUER DIEU POUR LES LUNDIS

Comment les études à l’Institut aident-t-elles nos étudiants à remercier Dieu pour les lundis ? C’est le cours sur la création qui vient d’abord à l’esprit1. L’humanité a reçu la vocation de régner en vice-gérant sur la terre et de cultiver le jardin. Ce mandat culturel fonde la dignité de tout travail (honnête). L’histoire de l’Église et des missions met en valeur les contributions culturelles de la foi chrétienne pour l’éducation, la santé, l’ethnologie, l’abolition de l’esclavage au 19e siècle… Et la Réforme a mis l’accent sur le sacerdoce universel de tous les chrétiens et la compréhension de tout métier (Beruf selon le terme forgé par Luther) comme vocation (Berufung). Bien entendu, les cours bibliques ne sont pas non plus en reste : pensons au livre de Ruth avec son attention au travail humble des moissonneuses, aux mises en garde des Proverbes contre la paresse et aux exhortations des épîtres concernant la vie dans la famille et au travail (2 Th 3.6-13 ; Ep 5.21 – 6.9 ; etc.). Il suffit de lire la Bible pour se rendre compte que notre Dieu est le Dieu du quotidien.

TOUS SERVITEURS À PLEIN-TEMPS

Reconnaissons-le : la tentation est réelle de réactiver l’opposition erronée entre service de Dieu d’un côté et travail « séculier » de l’autre en espérant encourager ainsi des personnes à se former pour le service en Église . Oui, être appelé au ministère de la Parole est un privilège. Oui, il manque des ouvriers sur les champs de mission, et bientôt dans les Églises évangéliques en France, si ces dernières ne se résolvent pas à investir davantage dans la formation de la prochaine génération de pasteurs .

Mais la promotion des ministères dans l’Église rassemblée ne doit pas se faire au détriment de notre réponse au mandat culturel. Les chrétiens dispersés au cours de la semaine à l’école, au travail et à la maison ne cessent pas pour autant d’être Église. Un pasteur qui ne l’aurait pas compris ne saurait équiper vraiment ses « ouailles » pour leur service dans le monde.

L’HÉRITAGE DE JOHN STOTT

Le théologien anglican John Stott, dont nous venons de commémorer le centenaire de la naissance (27 avril 2021) peut nous inspirer à cet égard. Au 20e siècle, c’est probablement lui qui a fait le plus pour la formation théologique évangélique, en particulier dans les pays du Sud, au moyen de Langham Partnership, une fondation alimentée par les droits d’auteur de ses nombreux livres. Cette dernière, un des acteurs clé du secteur, finance un vaste programme de bourses d’études et de publications théologiques. Pour autant, Stott savait aussi reconnaître et encourager des ministères dans d’autres domaines professionnels, de la médecine aux arts. Le professeur John Wyatt, auteur du livre précieux : Questions de vie et de mort (Excelsis, 2009), rend un témoignage vibrant à l’impact de Stott sur ses choix quand il fréquentait sa paroisse. Alors qu’il s’interrogeait sur le ministère pastoral, Stott l’a plutôt encouragé à poursuivre en médecine – et a même investi de son temps personnel pour lui apprendre à vivre chrétiennement sa vocation professionnelle .

LE CULTE DU VENDREDI APRÈS-MIDI

Pour revenir à l’Institut de Nogent, les étudiants y apprennent que Dieu est le Dieu de toute la vie, mais pas seulement dans les cours. Les fameux « TP »5 du vendredi après-midi aussi le leur enseignent. Oui, le croyant est appelé à exécuter toute tâche comme un service rendu à Dieu. Que le Seigneur nous accorde à tous, étudiants, membres de l’équipe et amis de l’IBN, de faire tout ce que nous faisons « pour la gloire de Dieu » (1 Co 10.31 ; cf. Ep 6.7).

LYDIA JAEGER

Extrait de l’IBphile n°191 (juin 2021)

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Pour une évangélisation connectée

Pour une évangélisation connectée

Chaque année, l’Institut envoie ses étudiants en stage d’évangélisation pour une semaine. Cette formation très pratique se fait en étroite collaboration avec diverses Églises de France. Pour 2020-21, en raison de la situation sanitaire, ce stage a pris une tout autre allure… En effet, Patrice Kaulanjan, son responsable, a initié avec l’aide de certains responsables d’œuvres ou d’Église spécialisés dans le domaine, une formule « connectée » qui laissait place à la théorie et à la pratique. Retour sur cette expérience innovante via cinq questions posées aux étudiants…

1/ COMMENT AS-TU VÉCU CETTE SEMAINE ?

Une bonne semaine d’évangélisation ! Le format Zoom approprié… Les intervenants étaient très intéressants, chacun apportant un regard complémentaire sur la façon d’utiliser le digital dans l’évangélisation.

J’aurais préféré vivre cette formation en présentiel, qu’elle puisse se dérouler normalement en permettant aux étudiants d’aller dans différentes Églises pour vivre l’expérience à 100 %. Mais avec la crise sanitaire, cela a tout compliqué, donc pour une première fois c’était une bonne chose.

Très bien ! Après un an sur Zoom, il y a deux choses à dire : l’une, c’est que l’on s’habitue à ce rythme, qu’on prend ses petites habitudes ; l’autre, c’est que l’on attend impatiemment le jour où l’on peut se retrouver sur place avec le prof et les étudiants ! Très contente donc d’avoir enfin un cours où nous étions tous réunis ! Mais (à ma grande déception, et celle des intervenants certainement), nous n’étions en général qu’une petite dizaine avec la caméra allumée… C’est triste ! Je voulais voir tout le monde, et cela n’a vraiment pas été le cas. Si c’était à refaire : avec plus de visages, s’il-vous-plaît

2/ QU’EST-CE QUE CELA T’A APPORTÉ ?

Un autre regard sur l’évangélisation digitale. Les outils qui nous ont été donnés, comme l’utilisation du site « Canva », m’ont permis de pouvoir diversifier ma façon de partager l’Évangile. Créer des vidéos, améliorer mes publications Instagram, de manière plus pertinente et percutante m’a bien plu.

De me rebooster par rapport à l’évangélisation digitale. En effet, c’est quelque chose que je faisais déjà via Instagram, en partageant sous différents formats, l’Évangile. Les 2 premiers jours, nous avons entendu des témoignages vraiment très édifiants et encourageants, cela m’a vraiment motivée à continuer d’évangéliser sur les réseaux sociaux.

J’aimerais dire « un autre regard sur l’évangélisation », mais en 3 ans à l’IBN, on a déjà entendu beaucoup de choses sur l’évangélisation d’aujourd’hui. Il y a des informations qui se répètent, mais l’avantage de cinq jours de formations sur ce sujet, c’est que l’on approfondit divers points. Ce qui était particulièrement pertinent, c’est l’apport sociologique et historique : nous devons connaître un minimum l’Histoire de notre pays, sa propre Histoire des religions et celle de l’Église. « Les évangéliques sont souvent très forts avec le message à transmettre, mais ont du mal avec le contexte ! » (Jean-Claude Girondin). Eh oui, notre passé compte… pour regarder en avant ! Concernant notre présent (et le présent en devenir), nous avons approfondi le thème de la jeunesse et d’Internet. Nous ne pouvons plus nous en passer aujourd’hui, même si tout le monde ne doit pas être « pro » des réseaux sociaux. Mais, nous ne pouvons plus nous permettre d’être trop en retard non plus : la société actuelle est ce qu’elle est, et dans le passé, chaque responsable d’Église et chaque chrétien tout simplement a dû s’adapter à son époque.

3/ TON REGARD SUR L’ÉVANGÉLISATION « DIGITALE »…

Je pense qu’aujourd’hui la communication passe en grande partie par le digital. J’ai beaucoup d’amis non-croyants sur mes comptes Instagram ou Facebook. Pouvoir réaliser des publications en lien avec l’Évangile est pertinent. Je dirais même que l’évangélisation digitale est devenue indispensable. Tous les moyens de communication sont bons pour répandre la Bonne Nouvelle et interroger nos contemporains sur leurs destinées.

Née dans les années 80, je n’ai pas grandi avec l’ordinateur… c’est venu tout doucement (ou tout rapidement !) alors que je

grandissais. J’avoue donc ne pas être totalement « branchée » parce que la vie ne se résume pas à une vie devant les écrans. Mais, je comprends l’importance et la pertinence de ces réseaux aujourd’hui. Ils atteignent énormément de personnes, en peu de temps, et dans le monde entier. Néanmoins, l’évangélisation par format digital ne doit pas se limiter aux écrans. Je pense que ça peut vite devenir une excuse pour ne pas évangéliser en réel, de personne à personne, dans un lieu donné. L’humain a besoin de contact (la crise de Covid nous l’a révélé). Il faut voir l’évangélisation dans sa globalité : les possibilités d’aujourd’hui, et l’humain qui a besoin de voir des réactions, des émotions, de l’enthousiasme, de la joie.

Je pense que c’est vraiment nécessaire surtout dans la génération hyper connectée dans laquelle nous sommes. L’Église aujourd’hui doit être dans l’air du temps et mettre en place des outils pour parler de Jésus sous un format digital. C’est vraiment une grande opportunité pour partager l’Évangile !

Extrait de l’IBphile n°191

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Être avec Christ

Le 16 Septembre 2020

Être avec Christ

En octobre 2017, nous fêterons le 500e anniversaire de la Réforme protestante. Pour être tout à fait exact, par convention, les Églises protestantes fixent sa naissance au 31 octobre 1517, date à laquelle Luther a placardé 95 thèses sur les portes de l’église du château de Wittenberg pour dénoncer les abus de son Église. Faut-il célébrer cet événement comme le font la Fédération Protestante de France avec son année « Protestants 2017 – 500 ans de Réformes – Vivre la fraternité » ou le Conseil national des évangéliques de France avec son « Merci pour la Bible – 1517-2017 : 500 ans de renouveau spirituel » ? Les plus sensibles aux relations œcuméniques préfèrent parler en mode mineur de commémorations plutôt que de célébrations, car, rappellent-ils, l’événement a sonné la division de l’Église en Occident. Les plus férus d’histoire se demandent s’il est judicieux de tresser tant de lauriers à un Luther qui a aussi été vivement antisémite et très violent dans ses propos « Contre les bandes pillardes et meurtrières des paysans 1 ». Quant à ceux qui méconnaissent l’histoire de l’Église et se méfient des relations œcuméniques, ils préfèrent s’intéresser au seul présent plein de promesses inaccomplies et de victoires idéalisées.

 

N’en déplaise aux uns et aux autres, nous croyons qu’il est juste à l’Institut Biblique de Nogent de célébrer le début du mouvement des Réformes protestantes et de saluer en Luther, même imparfait et controversé, le théologien génial qui a remis en lumière le principe de la justification par la foi seule et le croyant courageux qui s’est pleinement soumis au témoignage de l’Écriture au prix de l’excommunication de l’Église qu’il avait toujours servie. Mais nous ne le faisons pour participer simplement à la fièvre commémorative qui agite notre temps ou par nostalgie d’un passé désormais révolu. Nous le faisons parce que nous trouvons dans l’exemple de ceux qui nous ont précédés une inspiration, un encouragement pour le présent.

 

L’Église, parce qu’elle est composée d’hommes et de femmes pécheurs, ne reste fidèle au Seigneur que si elle accepte de se réformer sans cesse, de corriger les écarts qui s’installent inexorablement entre ses traditions, ses inclinations, ses actions, sa prédication et l’Écriture Sainte. La réforme tient du renouveau quand l’Épouse s’est endormie et qu’une visitation de l’Esprit réveille son amour pour le Seigneur, ravive son zèle pour la mission et rafraîchit son adoration. Mais la réforme tient de la rupture quand l’Épouse s’est faite infidèle et a cédé aux péchés de l’idolâtrie, de l’hérésie ou de la corruption. La visitation de l’Esprit, tout aussi nécessaire, ne suscite plus seulement la joie du croyant assoupi, mais aussi les larmes du pécheur repenti. Et parce qu’elle est plus de l’ordre de la chirurgie qui nettoie que du soin qui cicatrise, elle provoque douleurs et conflits au sein du Corps de Christ. Ainsi il ne faut pas s’étonner que les dénonciations de Luther aient provoqué la division plutôt que la réformation d’une Église profondément corrompue. Au même titre que le coup de bistouri, la réforme est un mal nécessaire et même vital pour éviter la gangrène du corps tout entier.

 

Il nous faut même aller plus loin en affirmant que toute visitation de l’Esprit, tout renouveau de l’Église, tout retour à Dieu ne peut que susciter des réactions vives… et pas toutes enthousiastes ! J’apprends à mes dépens, à la tête du Conseil national des évangéliques de France, que même l’unité divise ! À gauche, à droite et même au centre, il ne manque pas d’esprits chagrins pour contester, jalouser, craindre ou minimiser l’œuvre de réconciliation qui a accompagné la naissance du CNEF et le travail d’unité qui préside à sa croissance. Il n’y a pourtant là rien de fondamentalement étonnant. Si, comme l’a clairement annoncé Jésus, le suivre provoque la division dans les familles (Mt 10.34-39), s’attacher plus fortement ou revenir à lui ne peut que susciter de vives tensions et oppositions au sein des Églises.

 

Ce n’est toutefois pas une raison suffisante pour renoncer à la nécessité de se réformer, toujours. Certes, notre époque, par préférence pour le cocooning maternant, répugne à entrer en conflit (bien qu’elle ne cesse de le nourrir en refusant les saines et utiles confrontations) et stigmatise volontiers celui ou celle qui porte une quelconque responsabilité en la matière. Il faut pourtant admettre, avec Henri Blocher, que l’Église d’aujourd’hui aurait bien besoin d’une nouvelle Réforme 2, d’un retour à l’Écriture trop souvent délaissée ou contournée dans bien des communautés. Qu’il plaise à Dieu d’inspirer à son peuple à une réforme profonde alors qu’il célèbre les 500 ans de la Réforme protestante !

 

 

 

  1. Titre du deuxième appendice à son « Exhortation à la paix en réponse aux douze Articles des paysans de Souabe » (1525) dans lequel il appelle les seigneurs à massacrer les révoltés.
  2. « 500 ans après, Henri Blocher en appelle à une nouvelle Réforme de l’Eglise », http://evangeliquesdubas-rhin.fr/communique/500-ans-apres-henri-blocher-en-appelle-a-une-nouvelle-reforme-de-leglise/, consulté le 10 avril 2017.

Etienne Lhermenault

Cahiers de l’Institut Biblique, n° 175, avril 2017

Se réformer, toujours !

Le 16 Septembre 2020

Se réformer, toujours !

En octobre 2017, nous fêterons le 500e anniversaire de la Réforme protestante. Pour être tout à fait exact, par convention, les Églises protestantes fixent sa naissance au 31 octobre 1517, date à laquelle Luther a placardé 95 thèses sur les portes de l’église du château de Wittenberg pour dénoncer les abus de son Église. Faut-il célébrer cet événement comme le font la Fédération Protestante de France avec son année « Protestants 2017 – 500 ans de Réformes – Vivre la fraternité » ou le Conseil national des évangéliques de France avec son « Merci pour la Bible – 1517-2017 : 500 ans de renouveau spirituel » ? Les plus sensibles aux relations œcuméniques préfèrent parler en mode mineur de commémorations plutôt que de célébrations, car, rappellent-ils, l’événement a sonné la division de l’Église en Occident. Les plus férus d’histoire se demandent s’il est judicieux de tresser tant de lauriers à un Luther qui a aussi été vivement antisémite et très violent dans ses propos « Contre les bandes pillardes et meurtrières des paysans 1 ». Quant à ceux qui méconnaissent l’histoire de l’Église et se méfient des relations œcuméniques, ils préfèrent s’intéresser au seul présent plein de promesses inaccomplies et de victoires idéalisées.

 

N’en déplaise aux uns et aux autres, nous croyons qu’il est juste à l’Institut Biblique de Nogent de célébrer le début du mouvement des Réformes protestantes et de saluer en Luther, même imparfait et controversé, le théologien génial qui a remis en lumière le principe de la justification par la foi seule et le croyant courageux qui s’est pleinement soumis au témoignage de l’Écriture au prix de l’excommunication de l’Église qu’il avait toujours servie. Mais nous ne le faisons pour participer simplement à la fièvre commémorative qui agite notre temps ou par nostalgie d’un passé désormais révolu. Nous le faisons parce que nous trouvons dans l’exemple de ceux qui nous ont précédés une inspiration, un encouragement pour le présent.

 

L’Église, parce qu’elle est composée d’hommes et de femmes pécheurs, ne reste fidèle au Seigneur que si elle accepte de se réformer sans cesse, de corriger les écarts qui s’installent inexorablement entre ses traditions, ses inclinations, ses actions, sa prédication et l’Écriture Sainte. La réforme tient du renouveau quand l’Épouse s’est endormie et qu’une visitation de l’Esprit réveille son amour pour le Seigneur, ravive son zèle pour la mission et rafraîchit son adoration. Mais la réforme tient de la rupture quand l’Épouse s’est faite infidèle et a cédé aux péchés de l’idolâtrie, de l’hérésie ou de la corruption. La visitation de l’Esprit, tout aussi nécessaire, ne suscite plus seulement la joie du croyant assoupi, mais aussi les larmes du pécheur repenti. Et parce qu’elle est plus de l’ordre de la chirurgie qui nettoie que du soin qui cicatrise, elle provoque douleurs et conflits au sein du Corps de Christ. Ainsi il ne faut pas s’étonner que les dénonciations de Luther aient provoqué la division plutôt que la réformation d’une Église profondément corrompue. Au même titre que le coup de bistouri, la réforme est un mal nécessaire et même vital pour éviter la gangrène du corps tout entier.

 

Il nous faut même aller plus loin en affirmant que toute visitation de l’Esprit, tout renouveau de l’Église, tout retour à Dieu ne peut que susciter des réactions vives… et pas toutes enthousiastes ! J’apprends à mes dépens, à la tête du Conseil national des évangéliques de France, que même l’unité divise ! À gauche, à droite et même au centre, il ne manque pas d’esprits chagrins pour contester, jalouser, craindre ou minimiser l’œuvre de réconciliation qui a accompagné la naissance du CNEF et le travail d’unité qui préside à sa croissance. Il n’y a pourtant là rien de fondamentalement étonnant. Si, comme l’a clairement annoncé Jésus, le suivre provoque la division dans les familles (Mt 10.34-39), s’attacher plus fortement ou revenir à lui ne peut que susciter de vives tensions et oppositions au sein des Églises.

 

Ce n’est toutefois pas une raison suffisante pour renoncer à la nécessité de se réformer, toujours. Certes, notre époque, par préférence pour le cocooning maternant, répugne à entrer en conflit (bien qu’elle ne cesse de le nourrir en refusant les saines et utiles confrontations) et stigmatise volontiers celui ou celle qui porte une quelconque responsabilité en la matière. Il faut pourtant admettre, avec Henri Blocher, que l’Église d’aujourd’hui aurait bien besoin d’une nouvelle Réforme 2, d’un retour à l’Écriture trop souvent délaissée ou contournée dans bien des communautés. Qu’il plaise à Dieu d’inspirer à son peuple à une réforme profonde alors qu’il célèbre les 500 ans de la Réforme protestante !

 

 

 

  1. Titre du deuxième appendice à son « Exhortation à la paix en réponse aux douze Articles des paysans de Souabe » (1525) dans lequel il appelle les seigneurs à massacrer les révoltés.
  2. « 500 ans après, Henri Blocher en appelle à une nouvelle Réforme de l’Eglise », http://evangeliquesdubas-rhin.fr/communique/500-ans-apres-henri-blocher-en-appelle-a-une-nouvelle-reforme-de-leglise/, consulté le 10 avril 2017.

Etienne Lhermenault

Cahiers de l’Institut Biblique, n° 175, avril 2017

L’Institut Biblique de Nogent est un établissement privé d’enseignement supérieur qui offre une formation biblique, pratique et relationnelle en vue d'un ministère ou d'un service dans l'Église.

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